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Après les passoires thermiques, les passoires carbone ?

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L’atteinte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre oblige à décarboner le chauffage. L’ADEME recommande donc d’« ajouter un ciblage “passoires carbone” à la politique de rénovation des logements. » En effet, toutes les passoires thermiques (DPE F et G) ne sont pas des passoires carbone, c’est-à-dire des logements chauffés au gaz ou au fioul. L’Agence conseille de continuer à lutter contre les passoires énergétiques, mais sans négliger les passoires carbone.

DÉCARBONER LES USAGES THERMIQUES DES LOGEMENTS

L’avis d’experts de l’ADEME porte sur la décarbonation des consommations d’énergie en phase d’usage des logements de France métropolitaine. Pendant cette phase, ils consomment 30 % de l’énergie finale française et émettent 10 % des émissions de GES. Il faut donc décarboner pour atteindre les objectifs de 2030 (Directive Efficacité Énergétique de 2023) et de 2050 (neutralité carbone). Cette décarbonation repose sur deux leviers.

Primo, elle oblige à changer les moyens de chauffage utilisant des vecteurs très carbonés. Nous devons passer du fioul et du gaz fossile à des vecteurs moins carbonés : réseaux de chaleur urbains alimentés par des énergies renouvelables et de récupération, solaire thermique, gaz renouvelable, pompes à chaleur (PAC)… L’Agence s’intéresse particulièrement à la place des PAC. Secundo, il est nécessaire de développer les énergies renouvelables dans les réseaux d’énergie : méthanisation, éolien, photovoltaïque, etc.

Avec l’application de la RE2020, cette dynamique de décarbonation est déjà en place dans les logements neufs. Il est néanmoins possible d’aller plus loin. On peut encore renforcer le niveau d’exigence, systématiser le recours aux énergies renouvelables, encourager les bâtiments à énergie positive, etc. Quoi qu’il en soit, la situation est plus préoccupante dans l’existant. Or la politique de rénovation ne cible que les passoires énergétiques.

L’ISOLATION DE L’ENVELOPPE EST LA PRIORITÉ

« L’isolation des bâtiments doit rester une priorité ». Couplée à une ventilation efficace, elle offre beaucoup d’avantages :

  • réduction du besoin de chauffage ;
  • équipements thermiques plus petits, moins coûteux, plus efficients ;
  • augmentation de l’efficacité des PAC et des chaudières à condensation ;
  • meilleurs confort d’hiver et confort d’été ;
  • investissement limité dans des systèmes de production d’électricité ;
  • réduction de la facture et donc de la précarité énergétique.

Les logements mal isolés sont des passoires énergétiques ou thermiques classées F et G par le DPE. La lutte contre ces logements très énergivores doit continuer, mais il ne s’agit pas toujours de « passoires carbone ».

CIBLER AUSSI LES PASSOIRES CARBONE

Concrètement, une passoire carbone est un logement chauffé au fioul ou au gaz. Certains de ces logements sont aussi des passoires thermiques :

  • chauffage fioul : 44,4 % d’étiquettes DPE F et G ;
  • chauffage gaz : 12,1 % d’étiquettes F et G.

Pour sortir 75 % des chaudières fioul du parc, il faudrait remplacer les chaudières dans les logements jusqu’à la classe DPE C. En ce qui concerne le gaz, l’objectif 2050 obligerait à remplacer les chaudières au moins jusqu’à la classe E, et sans doute jusqu’à la classe D.

Par conséquent, « la focale sur les seules passoires énergétiques n’est pas suffisante. […] Elle doit être élargie sur les passoires carbone ». Sinon, nous risquons de passer à côté des enjeux de décarbonation.

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PASSOIRES CARBONE ET POLITIQUE DE RÉNOVATION

Pour inciter les propriétaires à changer de chaudière, plusieurs pistes sont évoquées. Les experts proposent notamment d’inclure ces passoires carbone dans les dispositifs de bonus réservés aux passoires thermiques. Au-delà des aides financières, ils insistent sur la nécessité d’aller vers les ménages, d’inciter, d’accompagner, etc.

La tâche n’est pas forcément insurmontable, car d’après des sondages récents, de nombreux ménages envisagent de changer de système de chauffage… Mais, un tiers ou presque d’entre eux se projettent sur une nouvelle chaudière fioul ou gaz. Par ailleurs, le chauffage au gaz est le système majoritaire dans les logements sociaux, où les PAC s’installent difficilement.

SÉCURISER LE DÉVELOPPEMENT DES PAC

Les PAC sont indispensables à la décarbonation des bâtiments, à condition de sécuriser leur déploiement. Il y a différents axes de travail : recherche et développement, analyse des performances réelles des PAC, appui à l’industrialisation de la filière, formations, conditionnement des aides financières aux PAC à des critères de performance minimaux…

Par exemple, concernant la recherche et de développement, l’étude invite à déterminer le juste niveau d’isolation à atteindre avant d’installer une PAC. Elle propose aussi, entre autres, de développer des systèmes alimentés en énergie renouvelable adaptés à toutes les typologies de bâtiments (produits compacts, sans unité extérieure, etc.).

INTERDICTION DU GAZ ET MATURITÉ DES SOLUTIONS

L’interdiction du gaz s’envisage dans les maisons individuelles. En effet, nous disposons de solutions alternatives suffisamment matures. Il n’en va pas de même dans les logements collectifs équipés de chauffage individuel. « Ainsi, il est important de ne pas interdire l’usage du gaz dans les logements tant que les solutions en énergie renouvelable ne sont pas considérées comme matures et déployables à grande échelle à un coût raisonnable. »

Par ailleurs, l’Agence alerte sur la nécessité de combiner chauffage et rafraîchissement, sans oublier les besoins de froid. Tous les scénarios mettent en évidence l’inadaptation des logements actuels au changement climatique. « Les aides financières à la rénovation doivent ainsi évoluer pour prendre en compte les enjeux de confort d’été (et, plus généralement, l’ensemble des enjeux d’adaptation au changement climatique). »

PRINCIPALES RECOMMANDATIONS DE L’ADEME

En résumé et en synthèse de l’avis, l’ADEME fait 7 recommandations principales :

  • privilégier les approches globales : isolation et énergie décarbonée ;
  • favoriser le développement de l’ensemble des énergies décarbonées ;
  • cibler les logements chauffés aux énergies fossiles (passoire carbone) ;
  • considérer les besoins en froid  ;
  • sécuriser la stratégie de développement des PAC ;
  • mettre en place un bonus écologique pour les PAC ;
  • envisager l’interdiction des chaudières à gaz s’il y a des solutions alternatives matures, développer ces alternatives dans les autres cas.

Pour accéder à l’intégralité de la publication : Avis d’experts, Décarboner le chauffage : quelle place pour les pompes à chaleur ?, mars 2024.

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2 Commentaires

Commenter
  1. P
    Paul et 25 mars 2024 - 16h51

    Exemple: – j’habite un chalet
    – chauffé par air chaud, produit par un generateur fuel , conso annuelle env 2 m3 par hiver.
    – je peux remplacer le generateur fuel par une pompe à chaleur forcément air/air, c’est assez cher

    ==> Quelle aide puis -je avoir?

    si pas d’aide, je ne change rien!

    Répondre
  2. M
    Martin 26 mars 2024 - 10h00

    Pour pousser à l’abandon du gaz et fioul, on pourrait déjà commencer par abandonner le coefficient 2,3 appliqué uniquement à l’électricité (car c’est bien connu, le gaz et le fioul existent à l’état naturel déjà en cuve) comme souvent décrié, ce serait une première étape simple, efficace et juste.

    En parlant d’impact carbone, obliger à changer des équipements encore fonctionnels des années (comme le chauffe-eau) ou permettre d’isoler avec du polystyrène ou polyuréthane semblent être également un non sens écologique avec un impact carbone plutôt mauvais… Mais cherchons coûte que coûte à installer des PAC.

    Répondre

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Article rédigé par Cécile, le moteur de Quotidiag
Diplômée de philosophie, ex-bibliothécaire, prête-plume et rédactrice web, salariée et indépendante. Écrit quotidiennement des textes sur les diagnostics immobiliers depuis 2016.

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