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Précarité énergétique : rencontre avec Danyel Dubreuil

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Danyel Dubreuil est le responsable du pôle Efficacité Énergétique, réseau Cler. Il a bien voulu répondre à mes questions le 18 novembre, journée nationale de la précarité énergétique.

La journée nationale de la précarité énergétique, c’est avant tout un moyen pour rappeler l’ampleur de ce phénomène ?

Le réseau Cler fait partie des organisations fondatrices de cette journée : on y participe depuis la première édition aux côtés de la Fondation pour le logement des défavorisés.

Un grand nombre de nos membres se mobilisent pour sensibiliser à la question de la précarité énergétique et informer. Nous participons au cours de cette journée du 18 novembre aux différentes prises de parole. Il faut interpeller le gouvernement sur une situation qui ne s’améliore pas.

Ce que l’on voit, c’est surtout que malgré des tentatives, finalement, de diminuer comptablement le phénomène, les chiffres sont têtus. La précarité énergétique reste un phénomène massif en France, et touche plus de 12 millions de personnes.

On voit aussi de plus en plus, ces dernières années, de phénomènes de restriction de chauffage, de cas de coupures ou de réduction de puissance. Non seulement les gens ont des difficultés pour payer les factures d’énergie, qui représentent un poids important dans leur budget, mais parallèlement à ça, ils se limitent de plus en plus pour chauffer. Ce qui génère des risques pour leur santé, mais aussi qui augmente les risques pour les bâtiments eux-mêmes.

Parce que le logement qu’ils habitent ne va pas être suffisamment chauffé, il va avoir tendance à se dégrader.

Sensibiliser, c’est bien, mais, concrètement, comment aider les millions de foyers concernés ?

Nous intervenons de plusieurs manières. La première, c’est de former et d’accompagner les professionnels de la lutte contre la précarité à travers le réseau RAPPEL.

Depuis de nombreuses années, nous animons une communauté apprenante, ce sont des professionnels de lutte contre la précarité énergétique : travailleurs sociaux, correspondants solidarité, fournisseurs d’énergie, chercheurs, formateurs dans les services administratifs des collectivités territoriales. Ces personnes qui mènent au quotidien des actions de lutte contre la précarité énergétique vont partager leur expérience dans les territoires. Ils sont plus de 1.000.

La deuxième intervention, c’est le programme Slime.

Il permet de repérer les ménages en situation de précarité énergétique et de les accompagner.  Le dispositif est alimenté par les Certificats d’Économies d’énergie, et proposé aux collectivités locales. L’idée est d’apporter le meilleur diagnostic pour orienter les ménages vers la meilleure solution.  Des visites à domicile permettent un vrai accompagnement humain. Des diagnostics sociaux et techniques sont réalisés par des personnes formées.

Ces visites concrétisent le problème de précarité énergétique ?

Oui, et ça permet aux ménages de verbaliser une situation qu’il n’est pas normal de vivre au quotidien. Ça leur fait comprendre qu’ils ont des possibilités pour avoir des factures d’énergie plus abordables. Et qu’ils peuvent faire des gestes d’économie d’énergie assez facilement. Mais aussi qu’ils peuvent bénéficier d’aides et d’accompagnements renforcés, dans un esprit de confiance. C’est d’autant plus important pour les personnes aux revenus précaires, et qui pensent souvent ne pas être compétentes. Par manque d’information notamment.

Les travailleurs sociaux spécialisés créent une relation de confiance et formulent des conseils.

Certaines tranches d’âge, je pense aux jeunes, sont plus impactées ? Les femmes seules le seraient aussi.

En fait, nous avons très peu d’informations chiffrées sur ces catégories particulières.

Mais nous savons par exemple, par le médiateur de l’énergie, que les moins de 35 ans souffrent beaucoup plus du froid dans leur logement. Effectivement, les jeunes qui quittent le domicile parental, pas seulement les étudiants mais aussi ceux qui ont un premier emploi avec un petit revenu se retrouvent plus exposés.

Les factures ont largement augmenté, on a une hausse de 18 % pour l’électricité en 2024.

En fait, depuis 2020, nous voyons vraiment une augmentation très importante des prix de l’énergie. Avec une tendance au ralentissement de cette augmentation pour le gaz et le bois en 2024.

Cette augmentation des prix de l’électricité continue après la levée des dispositifs de protection, notamment les boucliers appliqués pendant la crise.

Que pensez-vous de la révision du cep électricité, qui favorise la sortie de milliers de logements du statut de passoire thermique ?

Le réseau Cler a pris position face à ce changement du coefficient de conversion en y étant défavorable. Dans le sens où améliorer artificiellement l’étiquette d’un logement n’en fait pas un logement qui consomme moins et qui coûte moins cher à l’usage.

Ça questionne sur le sens de la réforme et sur la crédibilité de l’indicateur. Parce qu’en l’occurrence, ce n’est pas la première réforme.

Depuis 2021, il y a eu au moins trois réformes successives. Comme lorsqu’il a été question d’ajuster le coefficient de conversion aux logements de petite surface.

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Mais le résultat qu’on voit, c’est que ça a conduit à affaiblir un certain nombre de signaux et de dispositifs. Le DPE, c’est avant tout un diagnostic informationnel. Il permet aux gens de mieux comprendre le logement qu’ils habitent, et qui les fait réfléchir aux travaux à réaliser.

L’une des raisons pour lesquelles cette révision a été faite, c’est faire diminuer le nombre de logements concernés par l’obligation de rénovation des passoires énergétiques en location. Mais ça ne fait pas avancer le problème. On peut changer la lettre d’un logement, sa consommation énergétique restera la même.

Tout ça décrédibilise le DPE, et les ménages en arrivent à ne plus le comprendre. Ils cristallisent un certain ressentiment envers cet outil d’information.

Et, pour certains, envers les diagnostiqueurs, assimilés au DPE…

Cette logique de changer tout le temps les paramètres des logiciels, ça permet difficilement la progression de la compréhension des propriétaires face à l’état de leur logement réel et aux travaux à faire.

Forcément, un logement F aujourd’hui qui passe en D demain juste par un changement de calcul d’un seul paramètre interroge.

Le DPE est un instrument d’information technique, pas un instrument de communication politique.

Un mot sur la possible décentralisation de Ma Prime Rénov’ ?

Actuellement, il y a plusieurs niveaux de pilotage de la politique de rénovation énergétique. Et une bonne partie se passe déjà au niveau local.

Le service public de la rénovation de l’habitat, par exemple, c’est un projet politique de territoire.

Et un grand nombre de territoires ont leur propre politique du logement.

On a aussi des instruments d’intervention nationale qui visent à rénover des zones particulières, par exemple dans le cadre d’opérations programmées. Il y a des aides nationales pour la rénovation énergétique, pour l’adaptation des logements, pour la lutte contre l’habitat indigne, etc.

Et il y a aussi des aides supplémentaires instruites au niveau local. Ma Prime Rénov’ Parcours par geste est instruite par les services locaux. C’est d’ailleurs une partie du problème : face à l’afflux des demandes et au succès de cette offre d’aide publique, les services locaux ont du mal à suivre.

On pourrait tout à fait imaginer que ça puisse être une piste à suivre. Mais il y aurait des conditions de renforcement de ce qui existe aujourd’hui à mettre en place.

Et c’est là où on a du mal à imaginer que ça puisse être le cas. Surtout en ce moment, quand on entend le discours sur les économies budgétaires. Que ce soit au niveau national ou local, on a du mal à imaginer un renforcement des ressources humaines.

Et cela créerait d’énormes différences entre les territoires qui auraient les moyens, et ceux qui l’auraient moins. Donc l’avantage d’une politique nationale, c’est qu’elle permet à l’Anah de piloter et de bien répartir les moyens disponibles. L’Anah rend un peu plus équitable l’accès aux aides quel que soit le territoire.

Cette proposition pourrait revenir à dire : puisque vous critiquez la politique publique nationale, alors prenez vos responsabilités. Et dans le contexte actuel des économies d’énergie, ça semble être un gros risque d’accepter un désengagement national.

On l’a déjà vu dans différentes circonstances similaires, où l’État concède une responsabilité aux échelons territoriaux, et derrière en profite pour se désengager financièrement.

Et là, nous perdrions beaucoup, et sur tous les tableaux.

Donc, pour l’instant, c’est surtout un slogan politique.

La question la plus importante au niveau territorial aujourd’hui, c’est l’accélération des dynamiques autour du service public de la rénovation de l’habitat.

Ces projets politiques des territoires que viennent abonder les financements nationaux et les aides publiques nationales doivent être vus comme des espaces d’investissement politique du territoire. Ce territoire qui peut utiliser les aides nationales et les orienter là où il faut, comme ils le veulent : copropriétés, logements locatifs.

Les territoires ne sont pas tous égaux face à la précarité énergétique

On voit des disparités, oui, notamment en regardant les chiffres du chèque énergie, envoyé aux ménages qui souffrent le plus de cette précarité énergétique. Les envois nous permettent de voir qui sont les gens qui vont, pour des raisons de chaud ou de froid, consommer beaucoup d’énergie à différents moments de l’année.

On a une plus importante distribution du chèque énergie dans toute la partie nord de la France, mais aussi dans sa partie centrale, plus précisément dans le nord et l’ouest de l’Auvergne. La partie sud des Pyrénées, vers la Méditerranée, est aussi très touchée. Et puis, bien sûr, il y a les régions ultramarines qui sont très largement représentées dans les effectifs de précarité énergétique.

Mais il y a beaucoup de passoires énergétiques un peu partout.

Propos recueillis le 18 novembre 2025

 

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1 Commentaire

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  1. I
    Institute of Urban Technology 30 novembre 2025 - 14h00

    Merci pour l’article ; je pense que la crise de la précarité énergétique en France est très évidente, et que la hausse des factures pèse lourdement sur les familles, ce qui rend indispensable la mobilisation conjointe des efforts nationaux et locaux pour soutenir efficacement les personnes les plus vulnérables.

    Répondre

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Article rédigé par Laure, rédactrice de Quotidiag
Diplômée en droit, ex-clerc de notaire nichée Vente et Copropriété, elle a fait le choix de la liberté en 2021. Rédactrice toujours, mais indépendante : c’est tout naturellement que le diagnostic immobilier s’est imposé à elle.

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