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Portrait d’un couple de diagnostiqueurs

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Catherine THEVENON et Philippe ARCESE sont un couple de diagnostiqueurs, dans la vie et sur le terrain. Ensemble, ils gèrent la société PACT ETUDES, membre du réseau BC2E. Rencontre avec un binôme très sympathique.

LA FEMME ORCHESTRE ET LE FORMATEUR

CATHERINE : Je ne suis pas du tout issue du bâtiment. Je viens des lettres et de l’enseignement, puis du secrétariat indépendant. Progressivement, le bâtiment a peut-être eu un impact en travaillant dans le monde de la piscine. J’ai aussi parfait ma formation administrative par de la comptabilité. Je suis un peu la femme orchestre de l’entreprise.

PHILIPPE : C’est madame chiffres et lettres. Pour ma part, ingénieur de formation, j’ai été formateur en logiciels de gestion d’entreprise pendant plus de 20 ans. J’ai formé des gens du bâtiment : des menuisiers, des pisciniers, des professionnels de la construction… Tout ce parcours, finalement, nous amène tous les deux au diagnostic.

S’ORIENTER VERS LE DIAGNOSTIC IMMOBILIER

PHILIPPE : J’ai perdu mon emploi pendant la première vague du Covid, d’où un grand moment de réflexion : qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je repars sur un parcours de formateur en informatique ? Est-ce que je me reconvertis dans une activité qui me ressemble davantage ?

CATHERINE : le choix du diagnostic s’est fait de manière un peu particulière. Nous avions acheté une maison et j’avais besoin de renseignements sur le bien. J’ai lu le rapport de diagnostics de bout en bout  et finalement c’est parti de là. Pourquoi pas ? Cette activité correspondait bien à Philippe parce qu’il y avait de la technique, de la rigueur, du terrain… On pouvait aussi s’imaginer assez complémentaires dans ce domaine.

LE CHOIX DE L’ENSEIGNE BC2E

PHILIPPE : Nous avons fait une étude de marché. Partir seuls, très franchement, nous ne l’aurions pas tenté. Après avoir contacté quelques réseaux, nous avons choisi BC2E. C’est une structure sérieuse et conviviale à la fois, et sa manière d’envisager le métier nous parle.

Le réseau BC2E a facilité notre accès à la formation, via ses partenaires, et aux certifications. Nous avons pu rapidement nous projeter dans l’activité, sans nous lancer seuls. On peut s’appuyer sur eux. C’est rassurant d’avoir un support de référents et d’être aidés, en tant qu’indépendant, techniquement et au niveau réglementaire. La réglementation évolue quasiment tous les jours.

LA MAISON DE DALLAS POUR BAPTÊME DU FEU

CATHERINE : Nous n’étions pas très à l’aise sur les premières missions…

PHILIPPE : C’était l’angoisse ! Lors de notre toute première mission, l’agent immobilier nous a envoyés sur une très grande maison mais nous n’avions aucun recul. On y est allé limite la fleur au fusil, avec notre beau matériel. Mais on ne connaissait pas encore toutes les touches de nos appareils ! C’était assez drôle car nous étions très naturels devant le client. On essayait de comprendre comment fonctionnait l’outil pour réaliser la mission.

Nous avons appelé notre référent et là il nous a dit : « mais vous faites la maison de Dallas !? Qu’est-ce que c’est que cette maison ? » On ne s’en était pas rendus compte. Nous avons eu vraiment très peur mais ça ne nous a pas démotivés. On s’est dit qu’il allait falloir revenir sur nos cours, se former davantage et monter en compétences.

CATHERINE : C’était un drôle de baptême du feu, oui ! (rires)

QUATRE YEUX SUR PLACE

CATHERINE : Philippe a passé les certifications. Moi, j’ai suivi la formation mais je ne suis pas certifiée. C’est un choix  financier. Les certifs, les surveillances, etc., ça a un certain coût. Pour le moment, nous n’avons pas assez de volume pour deux diagnostiqueurs. Cela me permet quand même de savoir de quoi on parle au quotidien. Ayant suivi l’ensemble de la formation, je comprends de quoi il retourne.

En général, j’accompagne Philippe sur le terrain. Je me limite à ce que j’ai le droit de faire. Je l’avance sur le mesurage. Le fait de circuler de pièces en pièces me donne une vision d’ensemble. Je peux dire à Philippe : tu as vu, on a un tuyau là, ici on a quelque chose susceptible de contenir de l’amiante, là il faudra bien tirer le plomb, etc. Ce sont des petites choses que Philippe vient par la suite formaliser avec ses diagnostics. À deux, il y a quand même quatre yeux sur place.

PHILIPPE : Catherine a une approche assez naturelle du bâtiment. Elle est passionnée de construction, rénovation, amélioration de l’habitat… Je suis arrivé avec une vision plus neuve qu’elle sur les caractéristiques d’une habitation, et la formation m’a permis d’être précis. Aujourd’hui, les sinistres concernent surtout le mesurage (le calcul de la surface habitable) et l’amiante. Ce sont des domaines où nous sommes très vigilants. Il vaut donc mieux être quatre yeux à vérifier, à contrôler, à se poser des questions et à échanger. Ainsi, nous n’avons plus de doute in situ. Nous sommes beaucoup plus sereins sur notre expertise en remettant un diagnostic.

VIVRE ET TRAVAILLER ENSEMBLE, C’EST COMPLIQUÉ ?

PHILIPPE : On essaie quand même de ne pas être tout le temps ensemble. Je suis plus sur la partie commerciale, et Catherine sur la partie comptable. Nous ne sommes pas H24 l’un avec l’autre, même si c’est rassurant de l’avoir à mes côtés sur des missions d’envergure.

CATHERINE : Oui, on essaie même de ne pas être dans la même pièce pendant les missions, sinon on se gêne. Nous allons plutôt nous croiser et échanger nos remarques. Chez nous, notre maison est grande et nous ne travaillons pas au même endroit. Nous utilisons le téléphone pour nous appeler d’un bureau à l’autre (rires).

Finalement, c’est une mini-entreprise. On se soutient beaucoup aussi. Quand il y en a un qui a un coup de mou ou des doutes, car ce n’est pas facile de démarrer, l’autre est plus positif et punchy. Bien sûr, c’est moins évident certains jours, mais c’est le lot de n’importe qui, seul ou à deux, en couple ou non.

Par ailleurs, j’essaie de bien faire la part des choses. J’ai déjà travaillé à domicile, c’est une  rigueur que j’ai conservée. Il y a des horaires, des tâches que l’on fait à la maison et qui sont du domaine de l’entreprise. À partir du moment où je suis devant mon ordinateur, je ne suis plus chez moi mais dans mon entreprise. Philippe a plus de difficultés.

PHILIPPE : Oui, c’est vrai. J’ai tendance à parler de notre activité le samedi ou le dimanche, sans réussir à « couper ». Catherine me reprend parce que c’est le week-end et qu’il faut avoir d’autres activités. Naturellement, j’y repense, même le soir. Catherine est là pour me dire que le boulot, c’est de 7 h à 20 h.

DES COMPÉTENCES COMPLÉMENTAIRES

CATHERINE : Quand nous ne sommes pas sur le terrain, c’est surtout Philippe qui s’occupe de la prospection physique. Moi, je suis plus à l’aise quand on reçoit des appels pour faire un devis, pour expliquer les tenants et les aboutissants. Je n’aime pas trop pousser la porte des agences immobilières. Je n’ai pas de formation commerciale.

À l’inverse, Philippe est un bon commercial. Pour tout ce qui est back-office, Philippe se débrouille avec ses rapports. Je l’aide pour formaliser les mails, gérer le planning, l’alerter sur l’évolution de la veille réglementaire, éditer les états des risques et pollutions… Et puis je gère les parties compta, achats/ventes et communication/marketing.

PHILIPPE : On ne va pas se mettre en difficulté. On gère les points où on est à l’aise, tout en essayant de comprendre. La comptabilité, ce n’est pas mon domaine, mais nous échangeons quand même beaucoup. Nous réfléchissons ensemble à la manière de traiter une relance, même si Catherine est plus douée pour le faire. Et puis, on essaie de se relayer. On travaille chez nous, sans barrière. On n’affiche pas, avec nos clients, le fait qu’on soit un couple. Nous sommes d’abord un binôme constitué de deux techniciens de diagnostics.

UN HOMME ET UNE FEMME, C’EST BIEN PERÇU

CATHERINE : J’ai l’impression que le fait d’arriver à deux, et qu’il s’agisse d’un homme et d’une femme, renvoie une bonne image.

PHILIPPE : Il y a un côté plus sérieux peut-être. Quand on aborde le plomb, Catherine parle du saturnisme. Elle explique les risques s’il y a un enfant à quatre pattes à la portée d’une rampe dont la peinture est plombée. Elle est très précise sur les questions de sécurité.

C’est vrai que les gens sont surpris de voir une femme en mission de diagnostic. C’est amusant car sur les parties techniques, Catherine va spontanément leur expliquer. Je suis en appui derrière mais il n’y en a même pas besoin. Ils sont agréablement surpris. Au départ, ils pensent qu’elle est seulement là pour m’accompagner. Ensuite, ils voient l’intérêt de sa présence. C’est un œil différent au niveau de la sécurité. Et puis, on a un aspect un peu rock dans notre façon d’aborder les choses.

CASH ET FACILES D’ACCES

CATHERINE : Je connais très bien la Plaine du Forez et j’ai l’avantage d’avoir toujours vécu dans l’ancien. Il y a donc une expertise personnelle également. Je peux expliquer, par exemple, ce qu’est le pisé et comment il réagit. Ces connaissances sont un avantage en termes de crédibilité.

PHILIPPE : On travaille à 20 km de rayon autour de chez nous. On connaît le secteur et les différentes époques en matière de construction. Cette proximité nous permet aussi d’avoir de la disponibilité et de la réactivité. On essaie de remplir notre mission dans les deux jours et de fournir le rapport dans la journée suivante. Les agents immobiliers, les notaires mais aussi les gestionnaires de biens – on fait également des EDL (états des lieux) – peuvent avoir tout de suite une base de travail. On leur fournit un service de proximité, en gardant le sourire. C’est notre façon d’être, sans se prendre la tête.

CATHERINE : Oui, nous sommes assez cash et, en même temps, faciles d’accès, alors ça se passe bien.

IL N’Y A PAS DE MISSION PLUS MASCULINE QUE FÉMININE

PHILIPPE : Ce qui est très bizarre, c’est que certains prescripteurs s’attendent à voir des femmes pour les états des lieux. Quand je leur dis que j’en propose, ça les désarçonne. Là, on leur renvoie la balle. Nous n’avons aucun a priori là-dessus. Il n’y a pas de mission plus masculine que féminine.

En général, je prospecte seul mais je présente la structure en disant que nous sommes deux. Je suis associée à Catherine et nous avons tous les deux reçu une formation de diagnostiqueur. Nous travaillons différemment selon nos compétences et nos certifications. Il n’y a pas une partie administrative pour Catherine et une partie technique plus sérieuse pour moi. Ce n’est pas un chef d’entreprise et sa secrétaire. Certains clients n’apprécient pas la démarche et dans ce cas, nous n’y allons pas. Nous fidélisons les clients qui ont compris notre façon de faire, notre ADN.

UNE CLIENTÈLE QUI NOUS RESSEMBLE

PHILIPPE : Nous privilégions une clientèle proche de chez nous, avec laquelle il est possible d’échanger. Nous n’avons pas un positionnement discount. Réaliser un diagnostic, ça prend du temps. On s’engage et on met notre responsabilité dans un rapport, ça a un coût.

CATHERINE : On est loin d’être discount et c’est vraiment assumé. On cherche à atteindre une clientèle avec laquelle on se sent bien. Certains de nos collègues interviennent sur des biens indécents… Nous, non. Ce n’est pas notre positionnement, ni notre cible. Dans la Plaine du Forez, nous sommes bien lotis, alors nous n’avons aucune raison d’aller sur des missions insalubres.

PHILIPPE : Ou avec des clients qui cherchent toujours le diagnostic le moins cher. Si on baisse le prix d’un diagnostic, on sera amené à travailler beaucoup plus rapidement. Si on travaille plus rapidement, on passera forcément à côté de beaucoup de points. Et là, c’est l’escalade. Comme on va plus vite, il y a un risque de sinistre. Nous avons donc décidé de nous positionner différemment. Un diagnostic ou un état des lieux demande du temps.

L’AUDIT ÉNERGÉTIQUE, AXE DE DÉVELOPPEMENT

PHILIPPE : Je me suis récemment formé sur l’audit énergétique. C’est un service que nous espérons proposer d’ici septembre. Quand on fait un DPE aujourd’hui, l’acquéreur se demande comment améliorer sa maison ou son appartement. Demain, on apportera cette qualité d’auditeur, avec les informations du DPE mais également la possibilité d’obtenir des financements pour les travaux d’amélioration de l’habitat. Nous allons fournir une expertise différenciante et complémentaire à notre activité.

Et puis, d’une certaine manière, cela signifie que nous n’allons pas arriver en disant : « votre maison ou votre appartement est en passoire énergétique, malheureusement c’est comme ça pour 5 millions de logements actuellement». Au contraire, nous pourrons proposer des systèmes de chauffage moins gourmands, des systèmes d’isolation plus performants, expliquer que ce coût de travaux est finançable par l’État et par des aides locales, bref, proposer un service dédié. En ce sens, notre métier sert à à faire évoluer la passoire énergétique en un bien salubre et performant.

CATHERINE : Nous avons eu la chance de démarrer notre activité alors que le nouveau DPE était déjà en place. Nous n’avons pas eu à essuyer les plâtres. Du coup, on essuiera les plâtres de l’audit énergétique. (rires). Nous verrons comment ça se passera mais c’est vrai que nous misons aussi là-dessus. Ca deviendra peut-être mon propre axe de développement.

MONTER CRESCENDO

PHILIPPE : En revanche, ce serait prématuré de proposer des prestations d’AMO rénovation énergétique. Quand on a ce type de demandes, on les relaie aux collègues du réseau BC2E qui proposent ces services.

CATHERINE : Aujourd’hui, nous sommes trop jeunes dans le métier. Nous avons encore besoin d’expertise.

PHILIPPE : Moi j’ai besoin de réaliser beaucoup de diagnostics sur le terrain, et de monter crescendo. Le monde du diagnostic comporte énormément de notions importantes. Sur toutes les missions, je fais l’effort de me demander si je ne passe pas à côté de quelque chose. Pour l’instant, nous restons dans notre activité de diagnostics. Nous l’ouvrons déjà avec l’audit énergétique et l’EDL. Pour le reste, on verra plus tard.

L’ENVIE DE CONTINUER

PHILIPPE : C’est vraiment intéressant le diagnostic parce que c’est une activité qui est changeante, où il faut se remettre en question. On ne peut pas se reposer sur ses acquis. Ce que nous faisions la veille ou l’avant-veille, nous devons le faire autrement. C’est un challenge. À tel moment, il va falloir fournir un effort intellectuel, puis un effort physique… Toutes ces remises en question font que ce n’est jamais la même mission.

Nous voulons aussi être réguliers quant à la qualité du diagnostic. Il faut être vigilant à chaque intervention. Par exemple, si on a diagnostiqué un appartement la veille et que l’on intervient dans l’appartement du dessus, il peut y avoir des différences, y compris dans un même bâtiment.

Nous avons aussi eu la chance de participer deux fois aux RVDI où nous avons pu échanger avec d’autres professionnels. Qu’est-ce que c’est le monde du diagnostic ? Comment un diagnostiqueur gagne sa vie ? Comme faire sa place et se différencier ? Tous ces questionnements nous occupent, nous apportent du plaisir, nous prennent la tête par moment (rires). Mais pas trop pour la prise de tête, assez peu finalement.

CATHERINE : Nous sommes tout neufs dans le métier donc même si nous avons des doutes, nous sommes très positifs dans nos perspectives. Je pense que notre dynamisme se voit d’ailleurs. Nous avons pris la responsabilité – une toute petite responsabilité – de notre secteur chez BC2E dont nous sommes animateurs maintenant. Pour nous c’est un message très fort que notre réseau nous envoie, et un joli cadeau. Je suppose qu’ils ont senti que nous étions un couple corporate, dynamique et plutôt sympa.

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Article rédigé par Cécile, le moteur de Quotidiag
Diplômée de philosophie, ex-bibliothécaire, prête-plume et rédactrice web, salariée et indépendante. Écrit quotidiennement des textes sur les diagnostics immobiliers depuis 2016.

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