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Le cabinet Pôle Expert propose des formations à l’expertise bâtiment, de l’expertise amiable à l’expertise judiciaire, aux diagnostiqueurs. Nous avons rencontré ses fondateurs, Erwan Gonthier et Thomas Gomez. Ils constatent que la notion d’expert fait souvent peur aux opérateurs et opératrices de diagnostic. Pourtant, leur œil avisé et leurs connaissances constituent un réel atout pour se former à l’expertise.
Pouvez-vous me présenter votre parcours ? Je crois que vous avez commencé par faire du diagnostic avant de passer à l’expertise ?
Erwan Gonthier : Oui, j’ai embrassé le métier de diagnostiqueur en 2007. Étant un ancien prof, je m’intéressais à la formation. Assez rapidement, j’ai proposé des services de formation, en freelance, avec Sonelo, Qualiforma… Ensuite, nous avons diversifié l’activité sur du bureau d’études, en lien avec le SPANC. Enfin, je me suis associé avec Thomas, il y a 5 ans, pour proposer de l’expertise bâtiment amiable et éventuellement judiciaire.
Thomas Gomez : J’ai eu un premier parcours dans les services de renseignement de l’armée de l’air. Ensuite, j’ai repris des études dans le commerce, puis la construction où j’ai été maître d’œuvre pendant plusieurs années. Quand nous nous sommes associés, je suis monté en compétences sur la partie diagnostics. Enfin, nous avons déployé l’expertise amiable et judiciaire. Aujourd’hui, les expertises représentent un volume plus important que le diagnostic.
L’expertise apporte donc une valeur ajoutée au cabinet de diagnostics ?
Erwan Gonthier : Oui, clairement. On gagne mieux sa vie avec l’expertise. Surtout, les gens sont satisfaits des solutions que nous leur apportons. Pourtant, les diagnostics ont beaucoup de vertus, notamment pour l’exonération des vices cachés, mais le donneur d’ordre regarde d’abord le prix par rapport au confrère.
Thomas Gomez : Le donneur d’ordre s’imagine souvent qu’il ne va pas être mis en cause lorsqu’un professionnel est intervenu. Or, quand une affaire passe en justice, le propriétaire est dans la cause au départ. Il devra se présenter aux réunions d’expertise, prendre un avocat, etc. Il ne s’aperçoit pas de l’importance des diagnostics pour éviter ces problématiques.
Devenir expert entraîne davantage de reconnaissance ?
Thomas Gomez : Tout à fait. Et puis, cela permet de garder une tarification élevée sur les diagnostics et donc de bien travailler. Forcément, un tarif bas incite le diagnostiqueur à courir dans le bien. Aujourd’hui, nous n’avons jamais eu la moindre mise en cause, en partie parce que nos tarifs nous le permettent. L’expertise est donc un complément intéressant. En tout cas, c’est une vraie montée en compétences, accessible pour des diagnostiqueurs.
Erwan Gonthier : Un diagnostiqueur a une analyse sur site extrêmement intéressante pour mener ensuite une expertise, d’où notre souhait de les faire monter en compétences là-dessus. Depuis un an, nous leur proposons des formations à la conduite de l’expertise, tous les deux mois environ. Nous en avons organisé à Toulouse, Valence, Lyon, Paris… La prochaine se déroulera à Avignon du 19 au 21 novembre 2025.
Y a-t-il beaucoup de diagnostiqueurs dans ces formations à la conduite d’expertise ?
Erwan Gonthier : Quand ils sont présents, ils sont conquis. Nos questionnaires de satisfaction en témoignent. Mais certains ne s’intéressent pas à l’expertise à cause d’une sorte de syndrome de l’imposteur. Ils croient qu’un diagnostiqueur ne peut pas se prévaloir expert. Pourtant, le titre d’expert n’existe pas. Il n’est pas non plus associé à un diplôme. Il renvoie à un domaine d’expertise. Être certifié en diagnostic électricité et avoir vu 300 ou 400 maisons vous donne un niveau d’expertise que certains experts bâtiment n’ont pas.
D’ailleurs, nos formations de 3 jours ne sont pas du tout axées sur de la technique. Ils ont leur domaine d’expertise et leurs connaissances là-dessus. Notre rôle est de leur expliquer :
- Comment on mène une expertise ?
- Comment on convainc les parties ?
- Comment on s’adresse aux parties ?
- Quel type de compte-rendu faire ?
- Qu’est-ce que le principe du contradictoire ?
- Qu’est-ce qu’une mission d’expertise réussie ? Etc.
Pour être un bon expert, il faut plus de savoir-être que de savoir-faire. Le fait technique, dans une expertise, c’est souvent le détail. D’ailleurs, si le fait technique dépasse l’expert, il va chercher le professionnel, l’homme de l’art qui pourra l’éclairer, et il l’intègre au devis.
Thomas Gomez : Nous avons même gagné de nombreuses affaires en expertise bâtiment grâce aux connaissances de diagnostiqueur immobilier. Elles servent de levier. Le diagnostiqueur a un œil particulièrement avisé et il a l’habitude de mener des investigations.
Erwan Gonthier : Il faut aussi savoir qu’avant, la nomenclature de l’expert était vieillissante. Les diagnostics immobiliers n’y avaient pas leur place. Maintenant, certains domaines sont totalement dédiés aux compétences des diagnostiqueurs comme les polluants du bâtiment. Il y a le plomb, l’amiante, l’humidité, les termites… Ces domaines leur tendent les bras. Les diagnostiqueurs doivent se rendre compte que la justice a besoin de leurs compétences.
Qu’est-ce qu’ils apprécient particulièrement à l’issue de la formation ?
Erwan Gonthier : Ils se plaignent souvent du poids des délais, dans les diags, qui fait baisser la qualité du travail. Dans l’expertise, les délais sont beaucoup moins perceptibles. C’est du temps long. En formation, ils perçoivent que s’ils embrassent cette partie du métier, ils auront un domaine où ils pourront s’inscrire dans une certaine longueur avec une vraie relation client. Ils apprécient aussi le code de déontologie de l’expert. Il y a une absolue impartialité.
Thomas Gomez : Quand ils arrivent en formation, ils sont souvent diagnostiqueurs depuis 10 ans ou 15 ans. Ils en ont marre de ne faire que ce métier, mais ils ont l’impression qu’en le quittant, ils devront faire tout autre chose. Avec la voie de l’expertise, ils peuvent se servir de cette expérience comme d’un socle pour monter en compétences. L’expertise amène vraiment une reconnaissance à l’expérience et au savoir technique. En prime, elle donne une notoriété au cabinet, y compris sur des missions de diagnostics classiques.
La formation suffit-elle pour proposer directement des missions d’expertise ?
Erwan Gonthier : Quelqu’un qui a déjà un domaine de compétence très particulier, comme l’amiante mention ou le diag élec’, peut clairement, au bout de trois jours, conduire une expertise bâtiment. Cela dit, on progresse au fur et à mesure des missions. Pour les aider à se lancer, nous avons mis en place une méthodologie, en plusieurs étapes, avec des prix maîtrisés. Nous avons aussi un catalogue de formations sur les pathologies : la lecture d’une fissure, les problématiques d’humidité… Cependant, nous restons convaincus qu’il faut être un bon généraliste pour faire une bonne expertise.
Thomas Gomez : Aucun expert ne maîtrise tous les thèmes. Il travaille avec des sapiteurs, renvoie vers des hommes et des femmes de l’art, etc. Le cap, de diagnostiqueur à expert, est beaucoup moins compliqué à franchir que de se certifier, maintenir ses certificats, faire évoluer ses connaissances en fonction des évolutions des normes… Nous sommes certains que la corporation des diagnostiqueurs est un vivier de futurs experts. Ils ont des compétences transversales hyper impressionnantes.
Erwan Gonthier : Au fait, un expert ne doit surtout pas concevoir des solutions de réparation. Sinon, vous êtes bureau d’étude et vous devez avoir une assurance décennale. Or les experts, comme les diagnostiqueurs, ne doivent avoir qu’une RCP.
Vous avez aussi un réseau, Pôle Expert Community… ?
Thomas Gomez : Nous avons vu, en faisant des formations, que certaines personnes souhaitaient être accompagnées. Nous avons donc pensé à créer un réseau pour accompagner les nouveaux experts qui, sur un temps défini, ne veulent pas être lâchés seuls sur le terrain. Ce réseau se développe en parallèle.
Erwan Gonthier : Je tiens à préciser que la formation de 3 jours n’est pas l’antichambre de notre réseau. Les personnes qui le souhaitent peuvent se lancer en totale autonomie. Elles repartiront avec notre méthodologie et des trames de rapport vierges. Les autres pourront intégrer le réseau pour continuer à échanger avec nous.



Erwan et Thomas sont vraiment des professionnels parmi les pros !
Au-delà de leurs connaissances théoriques et techniques, ils font preuve d’une grande modestie et d’une réelle bienveillance. 🙏