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Alors que les Assises du diagnostic se précisent autour de la discussion d’un éventuel ordre (ou pas), Henry Buzy-Cazaux revient sur le contenu de son rapport, remis à Vincent Jeanbrun et Valérie Létard la semaine dernière.
Quelles sont les attentes du ministère à l’égard de votre rapport ?

Au mois de mars 2025, la ministre du Logement, Valérie Létard, avait estimé nécessaire « un plan de fiabilisation des diagnostiqueurs ». Pourquoi ? Parce que les attaques se multipliaient, et que le sérieux des diagnostics et des diagnostiqueurs, sur le DPE, était mis en cause.
Le DPE est aujourd’hui un élément absolument central. On a beaucoup parlé de l’interdiction de louer, tout cela au cœur d’une crise de l’offre locative.
>On sait aussi que le DPE a une influence sur la valeur des biens, pourtant il n’est pas le diagnostic aux enjeux les plus forts pour la profession des diagnostiqueurs. On les attend aussi sur la détection de l’amiante ou du plomb, dont les conséquences sont infiniment plus graves.
Alors oui, le DPE a une incidence sur la santé selon que le logement est bien ou mal isolé, mais rien à voir avec la dangerosité, par exemple, d’une installation électrique qui n’est pas aux normes et qui peut entraîner, et c’est le cas chaque année, des décès.
Aujourd’hui, le diagnostiqueur a plus d’une dizaine de diagnostics à réaliser lors des ventes ou des locations, et on a besoin effectivement de stabiliser la profession.
Dans le plan de la ministre, il y avait dix points : huit mesures déjà bien ancrées dans sa réflexion, qu’elle voulait tester pour fiabiliser le DPE et le métier de diagnostiqueur. Comme par exemple le renforcement des sanctions pour les diagnostiqueurs fraudeurs. Il y avait aussi l’hypothèse de décaler le moment où le diagnostic est fait et celui où il est révélé aux propriétaires, pour éviter les pressions.
Et puis il y avait deux missions. Celle confiée à Daniel Labaronne, député, sur l’hypothèse d’un ordre professionnel, c’est-à-dire une organisation plus exigeante, plus rigoureuse de la profession. Et deuxièmement, l’information et la formation. En réalité, les deux sont étroitement liées.
Qu’en est-il de la possible création d’un ordre ?
J’ai lu le rapport de Daniel Labaronne. Il constate que la profession n’est pas prête : elle est trop disparate, trop diverse, pas assez normée. Il propose une phase intermédiaire et préconise que les organisations professionnelles, par délégation de l’État, aient davantage de pouvoir, notamment celui d’imposer et de contrôler la formation, plutôt que de créer immédiatement un ordre.
Finalement, la meilleure façon de normer une profession, c’est la formation. Et l’intuition de la ministre à cet égard était la bonne. Regardez les professions organisées en ordre : il y a des formations très identifiées, exigeantes, partout en France. Je pense aux études menant aux métiers d’avocat ou d’expert-comptable. Cette exigence crée une cohésion du corps professionnel.
Il y a deux progrès majeurs à faire. Le premier, c’est créer des filières de formation post-bac. Les trois niveaux, BTS, licence (ou Bachelor dans le privé) et master (bac +5). Ils conduisent à des niveaux de responsabilité distincts, avec des possibilités de passerelles entre eux.
Aujourd’hui, il n’existe quasiment rien sur le territoire. L’alternance est la meilleure façon de former, même si des formations initiales avec de nombreux stages sont possibles.
Mais on ne va pas faire une alternance à Paris avec une entreprise basée à Bordeaux. Il faut répondre aux besoins des territoires. Aujourd’hui, cette offre n’existe pas.
La deuxième partie du rapport concerne les formations existantes qui ne doivent pas disparaître.
Vous pensez possible de concilier les formations existantes et un nouveau parcours professionnalisant ?
Le rapport n’est absolument pas une menace pour les 35 organismes de formation existants.
Mais en trois mois, certaines dimensions du métier sont peu ou pas abordées : les enjeux, la capacité à expliquer aux clients pourquoi un DPE aboutit à telle note, ou à proposer des scénarios de travaux. Il faut une culture technique du bâtiment bien plus solide, en mettant l’éthique et la déontologie au coeur des programmes.
J’ai interviewé des personnes issues de ces formations courtes qui m’ont dit ne jamais avoir vu une installation électrique. La partie expérientielle est souvent inexistante, certaines formations sont entièrement digitales. Le digital est une modalité, mais insuffisante seule : il faut un mix équilibré.
Les cycles longs, notamment en alternance, permettront une transmission solide des savoirs, de la technique du bâtiment, de l’éthique et de la déontologie. Aujourd’hui, ces dimensions sont insuffisantes, alors même que les tentations existent, y compris de la part des particuliers.
Il faut aussi préparer au management et à la gestion d’entreprise, car beaucoup de diagnostiqueurs deviennent indépendants ou créent leur structure. Tout cela justifie des cycles longs.
La mise en œuvre de ces préconisations pour l’enseignement supérieur pourrait se faire en 18 à 24 mois. Pour les formations courtes, des améliorations sont possibles : plus d’expérientiel, peut-être quatre mois plutôt que trois, pour mieux intégrer les contenus.
Qu’en est-il du mécanisme de certification ?
J’ai examiné la chaîne de certification : elle est imparfaite. Il existe une inégalité de rigueur entre les 13 organismes certificateurs. Il faut une indépendance totale entre organismes de formation et de certification, avec des textes réglementaires clairs.
Dire la vérité est difficile, mais nécessaire pour les vrais professionnels.
La validation des acquis de l’expérience pose aussi question : certaines validations sont quasi instantanées, ce qui n’est pas acceptable vu les enjeux. Les pouvoirs publics doivent intervenir.
Il faut aussi structurer la branche : financement de la formation, organisme collecteur unique, convention collective claire.
Enfin, la question de la représentation professionnelle se pose. Il existe aujourd’hui huit syndicats, ce qui est aberrant. Une concentration est nécessaire. Si la profession ne se structure pas, les pouvoirs publics le feront à sa place.
On estime qu’il faudrait presque deux fois plus de diagnostiqueurs qu’aujourd’hui pour absorber la demande, sans compter le vieillissement de la profession. Le métier attire, surtout si des formations longues post-bac existent, ce qui crédibilise la profession.
Une profession qui n’existe que par une formation de reconversion de trois mois n’est pas pleinement construite. Tous les grands métiers disposent de parcours longs.
Cette profession est jeune : une vingtaine d’années. Elle s’est construite dans l’urgence pour répondre aux obligations réglementaires. Aujourd’hui, le temps est venu de la structurer réellement.
La branche devrait s’organiser davantage pour avoir sans doute un organisme collecteur unique. Je crois qu’elle y aurait intérêt. Il faut sans doute une convention collective, ou reprendre une convention existante de façon très claire.
Il est question d’Assises du diagnostic imMOBILIER PROCHAINEMENT ?
La préconisation du député est ce qu’on appelle la corégulation, en fait. C’est-à-dire que les syndicats devraient se voir transférer des pouvoirs de l’ordre sans avoir toutes les prérogatives du public.
Typiquement, vous avez un exemple dans notre grand univers du logement, c’est l’ANACOFI. Les conseillers en gestion de patrimoine ont, je crois, trois syndicats. Il y en a un qui est très dominant, qui s’appelle l’ANACOFI. Et on appelle ça un « quasi-ordre ».
C’est-à-dire que l’ANACOFI a pour mission indispensable de dispenser la formation, de vérifier qu’elle a été suivie, de vérifier qu’il y a eu des réussites aux tests, de sanctionner les mauvaises pratiques. Comme les deux autres fédérations.
Il est évident que, quand il y a un système de coordination, il ne peut pas y avoir, comme chez les diagnostiqueurs aujourd’hui, huit fédérations. Il y a huit syndicats aujourd’hui, c’est aberrant.
D’ailleurs, et Monsieur Labaronne le suggère, lors des Assises, le ministre va mettre la profession devant ses responsabilités, en particulier pour concentrer la représentation.
La date du mois d’avril a été avancée ?
Il n’est pas impossible que le ministre profite de la période de réserve pendant les municipales pour les organiser.
À la tête de chaque syndicat, il y a des personnalités que je trouve intéressantes. Mais est-ce qu’on a vocation à faire un syndicat quand on est dix ou quand on est quinze ? Je ne crois pas.
La profession peut se regrouper dans deux ou trois syndicats. Si elles ne le font pas, les pouvoirs publics, à un moment donné, séviront.
Se structurer est important : on estime aujourd’hui qu’il faudrait près de deux fois plus de diagnostiqueurs que nous en avons pour que le travail soit absorbé, que le rythme puisse être tenu. Il nous manque donc des milliers de diagnostiqueurs, sans compter la pyramide des âges.
Les premiers ont été certifiés il y a dix-sept ans. Vous voyez, donc il y a déjà une partie du corps professionnel qui est un petit peu vieillissante. Le métier séduit, et si on crée des formations longues ou post-bac, ça séduira encore plus.
C’est aussi un métier de reconversion
Oui, mais un métier qui, dans la formation, n’existe que sous la forme de reconversion en trois mois, ce n’est pas un métier.
Un métier, c’est une offre de formation à deux ans, trois ans, cinq ans. Et tous les métiers ont ces parcours-là, que ce soit des métiers manuels ou des métiers intellectuels, de management.
Il faut que la profession soit fière, et qu’elle mesure que les enjeux qu’elle manie exigent plus de rigueur et plus d’accompagnement, et pas d’accommodements entre amis.



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