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Simon Hulin, architecte de formation, a co-fondé la Communauté des MAR (Mon Accompagnateur Rénov’). Nous l’avons rencontré pour échanger autour de cette association et de l’avenir du dispositif MaPrimeRénov’. Que ressentent actuellement les Accompagnateurs ? Que signifient les annonces de Valérie Létard autour de la territorialisation des MAR’ ? Malgré la politique actuelle du stop-and-go sur la rénovation d’ampleur, y a-t-il encore un marché de l’audit énergétique des logements, y compris pour les diagnostiqueurs ?
Quelle est l’histoire de la Communauté des MAR ?
La Communauté des MAR est une initiative qui vient vraiment du terrain. Au départ, c’était un groupe d’entraide Facebook pour rassembler les futurs MAR’ qui allaient exercer au 1er janvier 2024. Nous l’avons créé à la toute fin de l’année 2023, en comprenant qu’il y avait un problème d’accès à l’information. Nous avons voulu construire un espace bienveillant de partage d’informations qui permet aussi de faire de la formation entre pairs.
Rapidement, cette initiative s’est structurée, avec des webinaires, puis des évènements locaux, car l’accompagnement implique d’être au plus près des ménages. Nous avons organisé une rencontre à Bordeaux, une autre à Toulouse où nous avions convié des institutionnels (communauté de communes, agglos, DREAL, DDT…). À la fin de l’année 2024, ce groupe Facebook est devenu une association professionnelle avec une réalité juridique.
Aujourd’hui, nous rassemblons 200 structures MAR’ de tout type : acteurs publics, acteurs privés, acteurs historiques, nouveaux entrants, aussi bien des indépendants que des structures avec des dizaines de salariés, sur tout le territoire. Nous continuons ce travail de partage et d’animation de communauté, avec des rencontres locales, de la création de contenus partagés en interne et en externe, et des actions pour valoriser cette profession. Nous faisons notamment partie des comités d’accompagnement organisés par l’Anah en tant que tête de réseau.
Notre prochaine rencontre régionale, la sixième, se déroulera à Strasbourg le 23 septembre 2025. Ces rencontres permettent, entre autres, de valoriser l’ancrage territorial des MAR’.
Votre association annonce lutter contre l’éco-délinquance. Comment ?
Par le partage de bonnes pratiques et par les remontées de ce que nous observons sur le terrain. Déjà, nous partons du principe qu’un professionnel implanté dans son territoire n’a pas intérêt à faire n’importe quoi. Le fait d’être implanté, de faire partie d’un réseau avec d’autres professionnels oblige à avoir une réputation à tenir et à faire de la qualité pour continuer à avoir du travail. C’est moins le cas quand on vient de l’autre bout de la France pour repartir dès que le chantier est terminé. Cet impact territorial et local crée une pression entre pairs. Connaître les gens avec lesquels on travaille contribue à empêcher la fraude.
La ministre du Logement a parlé d’adapter l’accompagnement à la flexibilité des territoires. Vous en savez plus ?
Il y a plusieurs points. D’une part, 13 000 dossiers, d’ici la fin de l’année, seront territorialisés. Chaque territoire a un certain nombre de stocks pour le reste de l’année. D’après les remontées que nous avons, les territoires ne savent pas encore combien de dossiers ils pourront instruire à la réouverture au 30 septembre. D’autre part, il y a les pactes territoriaux. Il s’agit de territorialiser les besoins et les volumes d’accompagnement pour s’adapter au territoire.
Pour nous, c’est une bonne chose. Depuis le début, notre Communauté de MAR’ défend un accompagnement très territorialisé. Selon qu’il se situe dans le sud-ouest ou dans le nord de la France, un ménage n’a pas les mêmes besoins. Les logements n’ont pas les mêmes contraintes et ne réclament pas les mêmes expertises non plus. Il y a des techniques constructives liées au territoire, une spécificité culturelle… D’ailleurs, il est également prévu d’adapter le volume d’accompagnement au nombre de ménages sur le territoire.
Pour lutter contre la fraude, une autre mesure a été annoncée : la territorialisation de l’agrément. Jusqu’à présent, il y avait un agrément national et un référencement territorial. L’agrément national permettait d’intervenir partout. Sans faire de généralités, c’est un vecteur de fraudes. L’Anah a donc décidé de permettre aux MAR’ d’intervenir uniquement sur les territoires où ils sont référencés. Tout cela est logique et nous y sommes totalement favorables.
Comment les Accompagnateurs Rénov’ ont-ils vécu les changements autour de MaPrimeRénov’, notamment cet été ?
Ils ont l’impression d’être sacrifiés. On leur a demandé de se structurer, de se former, sachant qu’ils travaillent dans ce domaine depuis longtemps. Qu’ils soient auditeurs énergétiques, architectes ou encore AMO, ils ont une expertise. Ils ont accepté de prendre cet agrément, de se structurer, de recruter pour faire face à la forte demande qui arrivait et qui allait exploser. Le fait d’atrophier complètement MaPrimeRénov’ les touche les premiers. Cette instabilité politique se répercute directement sur eux.
En termes de conséquences derrière, beaucoup de MAR’ doivent licencier. Certains vont fermer boutique, parce que le manque à gagner est énorme pour des structures jeunes, encore fragiles du fait de leur jeunesse. D’autres cherchent des sources de revenus en revenant à leur expertise précédente. Ce stop-and-go a un effet pervers, car les accompagnateurs qui sont les plus formés et les plus experts ont le plus de débouchés possible dans d’autres secteurs. Nous allons donc perdre des accompagnateurs qui étaient de qualité et motivés.
Le marché de l’audit énergétique vous semble-t-il porteur pour des diagnostiqueurs ? Peuvent-ils accéder à des missions liées à la réno d’ampleur ?
Il y a un vrai marché de l’audit énergétique. Et pour pouvoir être Accompagnateur Rénov’, il faut avoir la qualification d’auditeur. Je pense logique, en tant que professionnel, de continuer à se former, de monter en compétences, pour pouvoir accéder à d’autres types de prestations. Le métier de MAR’ a été créé de toutes pièces il y a un an et demi, et l’État est en train de se chercher sur le bon dispositif. C’est notre sentiment. Ce métier va rester, peut-être pas dans le format actuel de l’Accompagnateur Rénov’, mais il est nécessaire.
L’inefficacité des travaux sur du monogeste est constatée. Elle montre que nous devons mettre en œuvre des projets plus complexes avec plusieurs postes de travaux. Or il faut un accompagnement pour pouvoir coordonner les différents postes de travaux et construire le projet. On tend vers ça. Pour ma part, j’encouragerais tous les diagnostiqueurs à continuer à se former pour pouvoir remplir les besoins futurs d’accompagnement des ménages.
Quels seraient les souhaits de votre association pour l’année à venir ?
La stabilité, tout simplement. J’enfonce des portes ouvertes, car tout le monde dit la même chose. Mais c’est le b.a.-ba de dire qu’on veut de la stabilité pour savoir où on va. Le principal besoin des Accompagnateurs est d’avoir de la visibilité sur 1 an, 2 ans, 3 ans. C’est un vœu pieux, impossible vu le contexte politique, mais c’est tellement nécessaire dans n’importe quel secteur professionnel. Il faut pouvoir se projeter pour se former, se développer… Quel que soit le secteur, il existe toujours une capacité à être flexible et à s’adapter. Malgré tout, quand on n’a aucune idée d’où on va, s’adapter devient très compliqué.
Propos recueillis le 5 septembre 2025, avant la publication des derniers textes relatifs à MaPrimeRénov’.



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