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En juin 2022, nous avions rencontré Kévin Senvardar, dirigeant d’Immoflux Diagnostics. Il était alors technicien de laboratoire, salarié en 2×8. Son objectif était de devenir diagnostiqueur à temps plein. Mission accomplie aujourd’hui. D’ailleurs, il est désormais aussi gérant d’Immoflux Contrôles, spécialisé sur l’audit énergétique. Sa motivation est intacte et elle prend aussi forme dans son engagement à défendre la cause des diagnostiqueurs au sein de l’ONEDI.
Comment es-tu devenu « entièrement » diagnostiqueur ?
En mai, la création de ma société fêtera ses 5 ans, mais je suis sorti du statut de salarié par paliers. Au début, je suis passé en mi-temps au laboratoire. Je n’y travaillais plus que 2 jours par semaine et j’ouvrais le samedi pour ne pas perdre de clientèle. Ma direction, très arrangeante, m’a permis de lever le pied progressivement. J’ai bénéficié d’un plan de départ volontaire. La transition a été douce. Depuis environ 1 an, j’ai totalement quitté le laboratoire.
Tu es toujours un diagnostiqueur en solo ?
En 2025, j’ai embauché ma femme comme assistante administrative. Cela m’a vraiment aidé pour pouvoir me focaliser sur les diagnostics sur le terrain. Avant, j’avais toujours un appel, une prise de devis. Si on ne répond pas pour ne pas se disperser, on perd la clientèle qui va contacter un autre diagnostiqueur sans attendre. Si on répond, on prend le risque d’oublier quelque chose, faute d’être focus sur les diagnostics. Et puis, au niveau administratif, avec les formulaires de consentement, l’identifiant fiscal, etc., les obligations s’alourdissent.
Avait-elle une formation d’assistante administrative ?
Récemment, elle a suivi la formation de secrétaire assistante administrative de cabinets de diagnostics immobiliers, d’ODI Formation, de Yann Vogel. Auparavant, je l’avais amenée avec moi sur le terrain et dans les réunions avec les agences, pour qu’elle se familiarise avec les personnes et la technique. La formation ODI a bien complété cet apprentissage en interne. Il y a quelques semaines, on a aussi mis une annonce pour recruter un diagnostiqueur immobilier. Finalement, nous avons décidé d’attendre un peu avant de franchir cette étape.
Quels sont les freins à l’embauche d’un technicien ?
Nous souhaitions embaucher. Notre activité pourrait nous le permettre, mais entre-temps, il y a eu l’apparition du conflit au Moyen-Orient. Cela ayant un impact sur les marchés et l’immobilier, nous préférons avoir une meilleure visibilité avant de procéder à un recrutement. De même les annonces de Christine Lagarde concernant les augmentations des taux d’intérêt pourraient créer une contraction du marché de l’immobilier, sachant que les coûts d’embauche (formations, matériel, logistique, certifications) sont très importants. Notre société c’est en quelque sorte notre petit bébé nous craignons de prendre des décisions au mauvais moment. Nous avons donc fait notre CVthèque et décidé d’attendre que l’orage passe.
En 2022, tu avais choisi d’attendre avant de te lancer dans l’audit énergétique. Désormais, c’est une part intégrante de ton activité… ?
Effectivement, je ne me suis pas lancé avec la première vague. Par conséquent, mes dossiers partaient chez les confrères et je perdais du chiffre d’affaires. Ai-je eu plus de recul pour autant ? Ai-je acquis plus de connaissances que ceux qui s’y étaient mis avant moi ? Je ne crois pas. J’ai commencé avec de petites formations. En tout cas, dès le départ, j’ai annoncé à toutes les personnes avec lesquelles je travaillais que je ne ferai des audits énergétiques que sur mes propres dossiers. Il m’arrive rarement d’en faire sur d’autres, par exemple quand une agence en a besoin parce que le diagnostiqueur a arrêté son activité.
Je n’aime pas avoir à vérifier le DPE d’un autre diagnostiqueur. Ce n’est pas à cause des différences, qui ne sont généralement pas dramatiques. Dans mon secteur, je ne suis jamais tombé sur des dossiers aberrants ou farfelus. Je trouve que mes confrères travaillent bien. Même s’il y a toujours des exceptions, je pense qu’une personne qui se lance dans ce métier, indépendante ou salariée, veut bien faire. Personne n’a envie de se retrouver devant la justice. Simplement, on peut travailler de manière un petit peu différente. Je ne veux pas avoir à expliquer au client pourquoi tel diagnostiqueur a fait ci et moi ça. Cette position-là me dérange.
Peux-tu préciser pourquoi ?
Les diagnostiqueurs sont, en quelque sorte, les boucs émissaires de la chaîne immobilière. Il faut que nous soyons soudés. Nous devons nous serrer les coudes pour prouver à nos détracteurs que nous sommes fiables, sérieux et que nous fournissons un travail de qualité. Nous faisons avec les outils à notre disposition : les formations, les jurisprudences, les normes, les réglementations, les outils, les forums. C’est parce que je défends l’union des diagnostiqueurs que j’ai intégré l’ONEDI. Plus nous serons nombreux à défendre la cause des diagnostiqueurs, plus nous réussirons à nous faire entendre et à provoquer des changements positifs pour nous.
Je considère qu’il faut que tout le monde adhère à l’ONEDI pour que l’organisation puisse porter la voix des diagnostiqueurs. J’ai rencontré Patrick Gombaud à Bordeaux. Nous avons eu une discussion très constructive, avec lui et les confrères de la région. Pour moi, l’ONEDI a des idées qui pourraient sécuriser le métier de diagnostiqueur et améliorer la situation de tous. Le problème est que la profession est constituée d’énormément de petits entrepreneurs. Notre voix ne porte pas et la concurrence entre nous n’arrange rien. J’aimerais que tous les diagnostiqueurs prennent conscience que nous sommes des confrères, dans le même bateau.
Le métier te paraît donc particulièrement difficile aujourd’hui ?
C’est un beau métier, mais un métier de pressions. Nous avons peur de l’erreur, sur toute la partie réglementation et certification. Nous dépendons énormément d’éléments que nous ne contrôlons pas. On l’a vu avec le souci à l’ADEME, quand on ne pouvait plus envoyer de DPE mention. Nous avons reçu un message indiquant que nous étions retirés de l’annuaire des diagnostiqueurs. Notre métier est déjà très compliqué, parce qu’on nous demande beaucoup de rigueur. Derrière, le système n’est pas bien ficelé. La rigueur qu’on exige de nous devrait se retrouver à toutes les strates.
En prime, tout coûte très cher. Est-on vraiment récompensé du travail fourni ? Il y a un immense décalage entre nos responsabilités, la pression subie, la durée du temps de travail, et l’argent gagné à la fin. Il faut choisir un prix assez élevé pour que ce soit rentable, compte tenu du temps sur place et des vérifications. Malgré tout, les particuliers vont essayer d’aller au moins cher. En fait, nous sommes tous conscients que nos sociétés peuvent disparaître demain à cause d’une perte de certification, d’une nouvelle contrainte, d’une procédure juridique… Tout le monde a une protection juridique et peut attaquer le diagnostiqueur. D’ailleurs, il faudrait responsabiliser le donneur d’ordre. Nous ne pouvons pas tout deviner, tout casser et nous n’avons pas de boule de cristal. Bref, il y a beaucoup de points noirs actuellement.
Je crois que tu es dans un processus de certification RGE. Le statut est différent de celui de diagnostiqueur…
Au départ, j’ai créé Immoflux Contrôles pour dissocier le diagnostic et l’audit énergétique. Et puis, avec mon expert-comptable, nous avions anticipé l’embauche. Pour pouvoir me rémunérer, il fallait un autre statut. Et puis je ne voulais pas tout mélanger, je préférais avoir une entité dédiée. Je l’utilise pour tous les audits énergétiques. Je prévois aussi, avec ce cabinet, d’aller sur du DTG, du PPPT, bref, de me diversifier. L’embauche d’un technicien me permettra de le faire, tout en continuant à répondre aux demandes de diagnostics avant location ou vente.
Ce choix est aussi lié à mon caractère. Tous les 4-5 ans, j’ai envie d’évolution. Les diagnostics demandent énormément de connaissances. Je continue à apprendre tous les jours dans ce domaine, mais j’ai envie d’en approfondir d’autres. Nous avons envoyé le dossier pour Qualibat. En parallèle, je me renseigne sur les formations pour avoir le niveau requis côté OPQIBI. L’objectif est effectivement d’avoir également la certification RGE.
Y a-t-il autre chose que tu aimerais dire aujourd’hui ?
C’est un métier très lourd, mais c’est un très beau métier, incroyablement riche. Je pense que c’est ce qui fait tenir tous les diagnostiqueurs : la passion du métier. Le fait d’être au contact des gens, la diversité des biens et de l’aspect technique, c’est vraiment top. Maintenant, nous devons travailler ensemble pour être reconnus, soutenus, sollicités et entendus.
Le ministre du Logement a annoncé des Assises du diagnostic immobilier pour créer un intermédiaire unique avec les pouvoirs publics…
Oui, mais pour le moment, l’avenir de ces Assises n’est pas clair. J’espère que ce sera fait de manière constructive et non pas pour plomber davantage les diagnostiqueurs. Il reste à voir à quoi ressemblera cette organisation ou fédération et ce qu’elle défendra. Après, sur le fond, toute initiative permettant de porter la voix des diagnostiqueurs est un plus pour nous.




Bonjour KEVIN
Je te rejoins sur tous les points, il faut être soudé car cet isolement professionnel nous rend vulnérable.
Et bien évidemment le donneur d’ordre devrait attester avoir lue et compris le DPE avant de mettre son bien en vente même l’agent immobilier.
Je pense que cela nous protégerait un minimum, de plus ils seraient coresponsables des erreurs.
Concernant le DTG-3PT, c’est plus technique sur la partie génie civil, mais je le conseil.
Témoignage qui fait du bien à lire. L’appel à l’union via l’ONEDI est essentiel : tant qu’on reste des milliers d’indépendants isolés, notre voix ne pèsera pas face aux réglementations qui s’empilent. Bravo pour l’engagement.