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Le quotidienTémoignages

Je vois de l’amiante partout comme si ma maison allait me tuer

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Un jeune couple achète sa première maison. Le diagnostic amiante mentionne la présence d’amiante, mais à l’extérieur. Cela ne les inquiète pas trop… jusqu’au moment où ils décident d’effectuer des travaux dans leur maison. Julie (prénom modifié) pense s’être exposée à l’amiante. Elle a développé une véritable anxiété et de nombreuses questions. Pour y répondre, Julie a fait des recherches qui l’ont menée jusqu’à nous. Nous lui avons alors proposé de raconter son expérience. Voici son témoignage et ses propositions pour éviter à d’autres propriétaires de vivre sa situation angoissante.

Achat d’une maison construite avant le 1er juillet 1997

Nous sommes un couple de trentenaires et nous ne sommes pas du tout issus du milieu du bâtiment. Nous n’y connaissons pour ainsi dire rien. Après avoir visité plusieurs maisons, nous en avons trouvé une qui nous plaisait. Lors du compromis – et pas avant – nous avons appris qu’il y avait un bardage en fibrociment. Je ne connaissais pas le mot « fibrociment ». Par contre, ensuite, le mot « amiante » a été prononcé pour le toit d’abri de jardin, en fibrociment et amiante.

Alors cela nous a fait un peu froid dans le dos mais c’était à l’extérieur. Ok, nous trouverons des solutions pour l’enlever. La maison nous plaisait vraiment. Elle a été construite a priori dans les années 1950 avec une grosse rénovation dans les années 1970. Nous n’avons pas encore les dates exactes, le notaire doit les confirmer. Même si elle était vendue comme datant des années 70, la construction était apparemment antérieure.

Découverte de l’éventuelle présence d’amiante dans la maison

Dès que nous avons eu les clés de la maison, je me suis renseignée pour faire désamianter la façade et le toit de l’abri de jardin. C’est ainsi que j’ai appris qu’il pouvait y avoir de l’amiante partout si la maison datait d’avant 1997. Personne ne nous avait mis au courant. J’ai aussi découvert qu’une loi, passée en 2019, obligeait les propriétaires à faire un diagnostic amiante avant travaux. S’il n’y avait pas eu des matériaux amiantés à l’extérieur, je n’aurais jamais appris l’existence de cette loi.

Personne ne nous l’a dit, ni l’agence, ni le notaire. Le diagnostic amiante avant-vente ne montre que les éléments visibles et accessibles, et encore… Nous pensons que le diagnostic a été mal fait. Un autre diagnostiqueur, venu avant les travaux, nous a dit qu’il y avait un calorifuge au grenier. Selon lui, ç’aurait dû être stipulé dans l’état d’amiante. Quand on n’y connaît rien, comment savoir si le diagnostic a été bien réalisé ou non ?

Méconnaissance de l’obligation de repérage avant travaux

Je pense que les trois-quarts des propriétaires ne sont pas au courant de l’obligation de diagnostic avant travaux. Je n’en ai jamais entendu parler autour de moi or je ne suis pas la seule à avoir acheté une maison qui date d’avant 1997. J’ai l’impression que l’on se préoccupe surtout des professionnels.

On veut essayer de les former mais d’après le diagnostiqueur qui est venu avant les travaux, quasiment personne n’est formé SS4 dans mon département. En tant que propriétaire, nous sommes responsables devant la loi. Cette loi existe sans que nous en soyons informés or, si nous ne l’appliquons pas, nous sommes pénalement responsables. Nous mettons en danger la santé des travailleurs, et la nôtre puisque nous vivons dans la maison.

Exposition à l’amiante lors d’une rénovation

Nous avons enlevé du parquet moisi sans prendre toutes les précautions requises car nous ne savions pas qu’il fallait en prendre. Potentiellement, il y a eu exposition à l’amiante et nous en avons mis partout dans notre maison. J’ai appelé une personne du laboratoire d’analyses pour lui demander si, en faisant des prélèvements d’air, on trouverait des fibres d’amiante. Elle m’a répondu qu’ils ne trouvaient généralement rien, surtout si la pièce avait été aérée. Elle m’a aussi dit qu’éventuellement, je pouvais faire un prélèvement de poussières… Je ne sais même pas comment on fait !

De toute façon, il reste toujours un doute. Je ne suis pas certaine que toutes les fibres d’amiante soient parties. Nous nous sommes exposés tous les deux et advienne que pourra. C’est fait de toute façon. En revanche, si je dois inviter la famille ou les copains, la situation deviens plus compliquée. Et puis je me pose ces questions uniquement parce que j’ai fait des recherches. Je pense à toutes les personnes qui ont acheté avant l’entrée en vigueur du diagnostic amiante avant travaux, et à celles qui ont fait des rénovations sans se poser de questions. Beaucoup d’entre elles ont dû s’exposer.

Saisir la justique pour diag amiante erroné

Nous hésitons à faire un recours. Pour le parquet, la colle n’était pas visible donc le diagnostiqueur ne pouvait pas savoir qu’il y avait de l’amiante. Pour le calorifuge, je pense que c’est possible. Nous attendons aussi des résultats d’analyses car nous avons un plafond avec des dalles collées qui pourraient en contenir. Dans le rapport, l’opérateur a marqué « polystyrène » mais ce n’est pas du tout du polystyrène. Dans les combles, nous avons trouvé des plaques qui n’ont pas été utilisées et on voit clairement que ça n’est pas du polystyrène non plus.

Nous avons déjà appris, après quelques analyses, qu’au moins un mur contenait de l’enduit amianté – information à vérifier car le diagnostiqueur et le laboratoire étaient surpris – ainsi que des plaques anti-vibratiles derrière des portes de placard métallique. Si nous faisons un recours, nous demanderons une indemnité pour désamianter. Mais pour l’exposition à l’amiante, nous ne pourrons pas revenir en arrière.

Préjudice d’anxiété et difficulté à relativiser

On peut parler de préjudice d’anxiété pour ce que nous avons subi, moi et mon compagnon. Sauf que le préjudice d’anxiété n’existe vraiment que pour les travailleurs. Ce serait trop compliqué de reconnaître ce préjudice pour des propriétaires occupants. L’amiante, c’est ultra anxiogène. Pour des personnes de ma génération, c’est un mot qui fait peur sans savoir exactement pourquoi. J’avais 10 ans en 1997. Pour moi, le mot amiante n’était pas un joli mot, mais j’étais à 1 000 lieues de penser qu’il pouvait y en avoir autant dans une maison.

J’essaie de relativiser. Malgré toutes les rénovations qui ont été faites, les gens ne sont pas tous malades. C’est néanmoins très compliqué quand on n’est pas un professionnel spécialiste du sujet. En fait, j’ai l’impression que toutes nos affaires sont contaminées. Je passe mon temps à nettoyer. C’est comme si ma maison était dangereuse et pouvait me tuer. Après, si je n’avais pas fait autant de recherches, je ne serais pas dans cet état… Là je commence à aller un peu mieux mais c’est difficile. Je vois de l’amiante partout, comme si je vivais à Casale Monferrato, et cela n’arrange pas ma santé.

Dénoncer le risque amiante et sa réalité

Je ne voulais surtout pas faire construire car cela allait à l’encontre de toutes mes convictions. Mon village d’enfance était entouré de forêts et elles ont été rasées pour construire des maisons. Je trouve ça horrible. Nous avons un parc de maisons présent, qu’il suffit d’entretenir et de rénover. C’était donc beaucoup plus cohérent pour moi d’acheter une maison existante à remettre au goût du jour. Peut-être est-ce de notre faute ? Nous aurions dû nous renseigner sur les maisons datant des années 1960-1970…

Mais je vois toutes ces émissions télévisées où ils vendent, ils achètent, ils cassent des cloisons, etc. Jamais ils ne disent, simplement : attention amiante, il faut peut-être envisager les travaux différemment. On voit plein d’émissions sur des rénovations et de tutoriels, ça a l’air chouette, on a envie d’essayer, pour de petits travaux, des choses toutes bêtes. Les bricoleurs du dimanche s’exposent sans le savoir. D’ailleurs, les anciens propriétaires n’étaient pas conscients du problème. Ils ont cassé une cloison, un mur, refait toutes les fenêtres pour l’isolation et les combles, fait des tranchées pour l’électricité, sans aucun repérage amiante avant travaux.

Une sorte d’omerta sur le sujet amiante

Je travaille dans l’éducation nationale et depuis, j’ai découvert que 80% des établissements étaient concernés. Je n’ai trouvé aucun DTA (dossier technique amiante) pour les établissements où je suis allée. Maintenant, je me dis que j’ai peut-être été exposée au travail sans le savoir de toute façon. Je m’interroge sur l’exposition passive. Par exemple, est-ce que les enseignants ramènent de l’amiante chez eux comme les travailleurs du BTP ? J’ai aussi grandi dans une maison ancienne et j’ai vu mes parents tout refaire.

J’ai l’impression que les politiques s’en fichent et qu’ils protègent surtout les entreprises, les gros chantiers, pour éviter les scandales. Il existe des solutions pour se prémunir de l’amiante quand on est électricien ou plombier. Il y a du matériel et des aides de l’État pour les très petites entreprises… mais rien n’est fait pour nous. L’autre jour, je lisais un article sur MaPrimeRénov’ et l’incitation à la rénovation énergétique. On incite beaucoup à rénover mais on passe généralement sous silence le problème de l’amiante. Sur les forums, c’est une vraie crainte pour ceux qui sont les mieux informés. Il y a trop de contradictions…

Difficulté à trouver un artisan SS4

Comme nous avions un projet de rénovation de la salle de bain, nous avons fait le diagnostic et nous attendons les résultats. Nous devons aussi faire une remise aux normes électriques. La difficulté, maintenant, c’est de trouver un artisan formé en sous-section 4. On les voit spécifiés RGE, Qualibat, etc., jamais SS4.

Nous avons fait faire 2 devis par des artisans et il n’y en a pas un seul qui nous a demandé de quand datait la maison. Pareil pour les électriciens. Ils sont 4 ou 5 à être venus sans rien demander. Pourtant, on voit bien que la maison est ancienne. Certains disent que s’ils demandaient un diagnostic avant travaux, ils bloqueraient trop de chantiers. Je suppose que parmi les agences immobilières, certaines pensent qu’elles ne vendraient pas si elles informaient les acquéreurs.

Obstacle financier du diagnostic amiante avant travaux

Il faudrait aussi faire un diagnostic avant travaux pour l’électricien. Mais c’est impossible de faire des repérages amiante avant travaux pour tout, pour la moindre maintenance. C’est hors de prix. Nous ne pouvons pas. Il existe des réductions d’impôts et des aides pour faire désamianter, mais elles s’adressent aux personnes qui ont des revenus extrêmement faibles.

Nous avons fait un devis pour désamianter à l’extérieur : 11 000 € pour 30 m². Il faut avoir un tout petit salaire pour bénéficier d’une aide. Quant à la réduction d’impôt, c’est uniquement pour les propriétaires bailleurs. Il y a toujours des conditions à respecter pour y avoir droit… J’en suis au stade où je renonce à certains projets pour ne pas percer le plafond, ni les murs. En tant que propriétaires occupants, nous sommes à la fois responsables et victimes finalement.

Intégrer la liste C dans le diagnostic amiante avant-vente

Au Canada, ils ont interdit l’amiante plus tard que nous, et ils ont une réglementation moins stricte. Malgré tout, j’ai l’impression que les jeunes générations sont mieux informées que la jeunesse française. Là-bas, les acheteurs sont au courant de ce risque. Ce sont eux qui paient pour les diagnostics amiante.

J’ai vu un reportage là-dessus. Les acquéreurs avaient demandé un diagnostic amiante destructif avant achat. La maison a été classée comme invendable parce qu’elle était pleine d’amiante. Chez nous, c’est une situation impossible. Le propriétaire doit être d’accord pour faire des sondages destructifs, mais les propriétaires souhaitent vendre et partir. Je crois qu’il faudrait inclure la liste C dans le diagnostic amiante avant-vente pour mieux accompagner les acquéreurs.

prévenir les autres propriétaires concernés

Il m’est très difficile d’en parler aux amis qui ont acheté une maison concernée. Ils ont entrepris des travaux sans connaître l’existence de la liste C. C’était avant 2019. Ils ont tout refait, tout cassé, sans s’inquiéter de la présence d’amiante car leur diagnostic avant-vente était négatif. Je ne souhaite pas leur provoquer les mêmes angoisses qu’à moi. Ce qui est fait est fait, et ils sont heureux. Comment ne pas angoisser ceux qui ont effectué des travaux, tout en prévenant ceux qui n’en ont pas encore fait ?

Je suis lucide sur mon exposition mais pour une partie de mon entourage, l’amiante provoque uniquement des maladies professionnelles. Il y a un autre piège pour le propriétaire. Si nous souhaitons revendre et que le diagnostic amiante est positif… ? Au minimum, l’acheteur va négocier le prix de vente et nous perdrons de l’argent. Du point de vue santé comme du point de vue économique, nous sommes toujours perdants.

former les pros et informer la population

Au lieu de maintenir les gens dans l’angoisse ou l’ignorance, il serait plus sain de reconnaître ses responsabilités. Il serait temps de donner de vraies formations obligatoires à tous les professionnels concernés, et d’informer réellement la population. Cela éviterait des conduites à risque et des situations tragiques.

Avec le Covid, l’État nous a fait appliquer le principe de précaution à un niveau parfois extrême pendant 2 ans. Le grand public connaît les gestes et les protections, les recommandations simples à suivre, même sans être professionnel, pour vivre avec. Il serait bon d’y réfléchir pour l’amiante.

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3 Commentaires

Commenter
  1. P
    POINT 9 septembre 2022 - 18h33

    C’est une triste réalité mais trop de gens prennent cela à la légère, les syndics par exemple qui, eux, préfèrent garder la tête dans le sable, ou encore les communes qui ont bien souvent un budget restreint, qu’il préfère consacrer à autre chose

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  2. J
    JAMMES 14 septembre 2022 - 20h09

    Alors, il y a de bonnes intentions dans ce qu’elle dit, mais d’une part, nul n’est censé ignorer la loi. D’autre part, c’est en principe noté dans les rapports, avec un exemple dans les miens :

    LIMITES DU DOMAINE D’APPLICATION DU REPERAGE
    Ce repérage a pour objectif d’identifier et de localiser les matériaux et produits contenant de l’amiante incorporés dans l’immeuble bâti et susceptibles de libérer des fibres d’amiante en cas d’agression mécanique résultant de l’usage des locaux (chocs et frottements) ou générée à l’occasion d’opérations d’entretien et de maintenance. Il est basé sur les listes A et B de matériaux et produits mentionnés à l’Annexe 13-9 du Code de la Santé Publique et ne concerne pas les équipements et matériels (chaudières, par exemple).
    Il est nécessaire d’avertir de la présence d’amiante toute personne pouvant intervenir sur ou à proximité des matériaux et produits concernés ou de ceux les recouvrant ou les protégeant. Ce repérage visuel et non destructif ne peut se substituer à un repérage avant réalisation de travaux ou avant démolition.

    Enfin, l’amiante est l’arbre qui cache la forêt. Pollution, microparticules, composés organiques volatiles, silices…. Le danger est partout dans notre environnement. Si on veut vraiment se protéger, il faudrait porter un masque avec filtre P3 en permanence…

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    • Cécile, le moteur de Quotidiag 14 septembre 2022 - 20h26

      Notre entretien a duré longtemps et je n’ai pas tout retranscrit en intégralité. Elle m’a dit qu’il n’y avait aucune mention du repérage avant réalisation de travaux dans le rapport du diagnostic amiante avant-vente qu’elle avait reçu. Elle se demandait précisément si l’absence d’information à ce sujet était normale ou non. Votre commentaire pourra donc la renseigner, merci beaucoup.
      Par ailleurs, effectivement, les risques sont très présents dans notre environnement de manière générale.

      Répondre

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Article rédigé par Cécile, le moteur de Quotidiag
Diplômée de philosophie, ex-bibliothécaire, prête-plume et rédactrice web, salariée et indépendante. Écrit quotidiennement des textes sur les diagnostics immobiliers depuis 2016.

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