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Expertise transversale du bâti : rencontre avec Philippe Martin

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Philippe Martin, diagnostiqueur immobilier spécialisé en pathologies et polluants du bâtiment, dépose aujourd’hui sa marque SYMBIOLAB, pour une expertise transversale Bâtiment-Santé-Environnement.

Vous avez déposé aujourd’hui, au BOPI, la marque SYMBIOLAB. Quel a été votre parcours ?

Je suis diagnostiqueur immobilier depuis avril 2022. J’exerce au sein du réseau UP’n’DIAG, à Mulhouse. Très rapidement, je me suis orienté vers tout ce qui touche aux pathologies du bâti, et plus particulièrement aux champignons lignivores.

Le Haut-Rhin est une zone fortement touchée par les parasites du bois, notamment les mérules et les insectes à larves xylophages. Il n’y a officiellement pas de termites dans le secteur, pourtant, en mai 2024, des termites souterrains japonais ont été détectés près de l’aéroport de Strasbourg, à Entzheim, ce qui montre que le risque est bien réel.

Dès 2022, j’ai commencé à me spécialiser dans le diagnostic parasitaire. J’ai notamment répondu à une demande de l’Armée de Terre, et j’étais le seul professionnel de la région à le faire. Cela a confirmé qu’il existait un réel besoin non couvert.

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Constatant qu’il y avait très peu de spécialistes des champignons du bâti dans le Grand Est, j’ai décidé de me former sérieusement.

J’ai suivi une formation au laboratoire SEMHV à Saint-Dié, dédiée aux champignons lignivores.

En parallèle, au printemps 2023, j’ai pris contact avec le laboratoire Fongilab, à Lille, pour me former à la microscopie fongique. Ensuite, j’ai investi dans un microscope et le matériel nécessaire, puis j’ai suivi la formation de Victor Sabet afin d’apprendre à identifier et analyser les moisissures et champignons.

C’est une discipline complexe et exigeante, mais elle permet d’aller bien au-delà du simple constat visuel.

Lorsque l’identification est incertaine, j’envoie les prélèvements chez Fongilab. Là, ils sont analysés par qPCR, une méthode de biologie moléculaire extrêmement précise.

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J’ai constaté que les moisissures représentaient un problème sanitaire majeur : près de 24 % des logements en France sont concernés.

J’ai donc intégré le Diplôme Inter Universitaire Santé Respiratoire et Habitat de la Faculté de médecine de Strasbourg. Ce DIU permet d’obtenir le titre de Conseiller Médical en Environnement Intérieur (CMEI).

Les CMEI interviennent à la demande des médecins, via une association financée par les ARS. Les médecins sollicitent une visite pour des patients souffrant d’asthme, d’allergies, de BPCO, ou après une hospitalisation. Cette visite permet d’évaluer leur logement.

Notre rôle est d’être les yeux du médecin dans le logement.

Nous auditons l’habitat : humidité, ventilation, literie, présence d’animaux, plantes, tapis, moisissures, habitudes de vie, etc.. Puis nous remettons un rapport médicalisé au praticien.

Ce rôle de CMEI est un socle pour votre approche transversale Bâtiment-Santé-Environnement ?

Après ce DIU qui m’a permis de devenir CMEI, je me suis posé une question : pourquoi limiter cette approche au cadre médical ?

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J’ai voulu créer une expertise transversale reliant le diagnostic immobilier, la qualité de l’air intérieur, les pathologies du bâti et la santé des occupants.

Pour aller plus loin, j’ai entrepris un second diplôme : le DIU Santé Environnement de l’Université Paris-Est Créteil (UPEC). Il couvre l’épidémiologie, la toxicologie, l’air, l’eau et les sols, et permet de dépasser le cadre strict du CMEI.

Puis, en janvier 2025, j’ai suivi la formation expertise amiable de Pole Expert, pour maîtriser la méthodologie de l’expertise technique.

Aujourd’hui, tout est encore organisé en silos. Le peintre traite la moisissure, le médecin traite les symptômes, le diagnostiqueur regarde le bâti. Mais personne n’a une vision globale du problème.

C’est précisément ce que je veux construire : une expertise transversale bâtiment-santé-environnement.

Vous avez déjà eu l’occasion d’intervenir sur le terrain ?

J’ai déjà réalisé des missions de ce type, notamment dans un collège du Doubs. Une infestation de moisissures avait provoqué un droit de retrait du personnel médical et social. J’ai mené l’expertise, permis d’identifier les causes, et la situation a été résolue.

Je travaille aussi pour des bailleurs et gestionnaires locatifs, qui me sollicitent pour des diagnostics humidité et moisissures.

Sur place, je ne me limite pas à observer les murs : je mesure la température, l’hygrométrie, le CO². Je contrôle la VMC, la ventilation, les portes, le mode de chauffage, mais aussi les habitudes de vie (séchage du linge, cuisine, tabac, animaux, etc.).

Contrairement aux entreprises de traitement, je n’ai rien à vendre. Je produis une expertise neutre.

La qualité de l’air intérieur est un enjeu majeur de santé publique. Quels sont les polluants les plus dangereux ?

Les moisissures, les particules fines, les COV, les aldéhydes, les chauffages au pétrole, les défauts de ventilation génèrent des risques respiratoires et neurologiques.

Certaines études, notamment des grandes cohortes asiatiques, montrent même des atteintes neurologiques liées à l’air intérieur.

Mon approche couvre l’humidité, les moisissures, la ventilation, les particules PM2,5 et PM10, les polluants chimiques, et les usages du logement.

Vous avez déposé, aujourd’hui même, la marque SYMBIOLAB au BOPI. On peut parler de l’émergence d’un nouveau métier ?

Je ne sais pas si c’est un nouveau métier. Ce que je constate, c’est qu’il manque aujourd’hui un maillon : quelqu’un capable de relier le bâtiment, la santé des occupants et l’environnement dans une même lecture.

C’est ce que j’appelle l’ETBSE — l’Expertise Transversale Bâtiment-Santé-Environnement.

FONGEXPERT est mon activité actuelle : les champignons, les moisissures, les polluants du bâti. UP’n’DIAG pour les diagnostics immobiliers courants. SYMBIOLAB, c’est la structure qui portera cette expertise transversale.

L’objectif n’est pas de remplacer les spécialistes existants, mais de créer un lien entre eux, pour que le patient, le locataire ou la collectivité n’ait plus à assembler les pièces du puzzle tout seul.

Propos recueillis le 14 janvier 2026

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Article rédigé par Laure, rédactrice de Quotidiag
Diplômée en droit, ex-clerc de notaire nichée Vente et Copropriété, elle a fait le choix de la liberté en 2021. Rédactrice toujours, mais indépendante : c’est tout naturellement que le diagnostic immobilier s’est imposé à elle.

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