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Outil de précision, le drone peut être intégré au métier de diagnostiqueur immobilier. Rencontre avec Julie Fortunat, diagnostiqueuse et télépilote de drone à Sète, dans l’Hérault.
Vous avez choisi le métier du diagnostic immobilier en 2025. Un petit mot sur votre parcours ?

À la base, je suis une femme de formation très technique. J’ai commencé par une formation en électromécanique marine, avant de servir pendant quatre ans comme mécanicienne dans la Marine nationale, à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle. Cette expérience m’a appris la rigueur, le respect strict des procédures et le travail dans des environnements fortement réglementés.
J’ai ensuite poursuivi dans le bâtiment avec un bac + 2 de technicien supérieur du bâtiment, option économie de la construction. J’ai travaillé dans la construction bois à La Réunion, puis j’ai validé un bac + 3 de chargé d’affaires en BTP, ce qui m’a conduite à exercer dans le génie civil à Toulon.
Le diagnostic immobilier s’inscrit naturellement dans la continuité de ce parcours technique et réglementaire.
Vous êtes également télépilote de drone. D’où vient cette motivation ?
En 2023, j’ai acheté mon premier drone pour un usage de loisir. Très rapidement, j’ai découvert tout ce que cet outil pouvait apporter au secteur du bâtiment : inspection aérienne, prises de vues techniques, thermographie, photogrammétrie. Ces usages répondaient à des besoins concrets que je rencontrais déjà sur le terrain.
Souhaitant travailler de manière indépendante dans ma région d’origine, j’ai décidé de me former au télépilotage professionnel, en complément de mes formations en diagnostic immobilier, afin d’intégrer le drone de manière maîtrisée, réglementaire et éthique.
Concrètement, comment utilisez-vous le drone dans vos missions ?
Il est important de préciser que, à ce jour, le drone ne fait pas partie du diagnostic immobilier à proprement parler, car son usage n’est pas encore encadré spécifiquement par la réglementation des diagnostics. En revanche, c’est un véritable plus.
J’utilise le drone comme un outil complémentaire d’aide à l’inspection et à la compréhension du bâtiment. Il permet :
• des inspections aériennes de toitures et de façades,
• la réalisation de modélisations 3D offrant des mesures précises,
• la conservation de preuves visuelles datées de l’état d’un bien,
• et une meilleure traçabilité des observations, notamment en cas de litiges post-vente.
Je compte également utiliser ces relevés dans le cadre de plans pluriannuels de travaux (PPT), afin de justifier et illustrer les choix de travaux en assemblée générale.
Les conclusions réglementaires restent, elles, exclusivement fondées sur les textes en vigueur.
Ces inspections sont-elles réellement demandées par les clients ?
Oui, c’est un marché émergent, particulièrement lors de l’achat de villas. Dans le sud de la France, où les montants investis sont élevés, les acheteurs souhaitent vérifier l’état général du bâtiment, notamment la toiture et les éléments difficilement accessibles.
De leur côté, les vendeurs cherchent aussi à se protéger en conservant des images ou modélisations datées, afin de limiter les risques de litiges après la vente.
En quoi le drone peut-il rassurer un acheteur immobilier ?
Le drone permet de visualiser des zones invisibles lors d’une visite classique. Équipé d’une caméra infrarouge, il peut mettre en évidence certaines déperditions thermiques visibles de l’enveloppe du bâtiment.
Il permet également de calculer des surfaces difficiles d’accès sans échafaudage, ce qui facilite l’estimation de travaux et offre à l’acheteur une vision plus objective et documentée du bien.
Le drone peut-il éviter certaines mauvaises surprises après l’achat ?
Un défaut en toiture, dans la charpente ou dans l’isolation est souvent difficile à détecter sans ce type de matériel. Une inspection visuelle et thermique réalisée par drone, en complément des diagnostics réglementaires, peut révéler des désordres visibles et éviter des coûts de réparation parfois conséquents.
Qui est responsable en cas d’erreur liée aux images drone ?
À ce jour, la responsabilité du diagnostiqueur est engagée uniquement sur les diagnostics réglementaires qu’il réalise.
Le drone permet une modélisation et une documentation du bâtiment. Selon son expérience, le diagnostiqueur peut repérer des défauts apparents, mais il ne réalise pas une expertise technique.
L’usage du drone est-il strictement encadré ?
Oui. L’utilisation professionnelle d’un drone est très réglementée : formation spécifique, déclarations obligatoires, respect des scénarios de vol, assurance aérienne dédiée. Le drone ne peut pas être utilisé partout ni dans toutes les conditions. Chaque mission est étudiée au cas par cas, dans le respect du cadre légal et de la vie privée.
Le drone est-il réellement rentable économiquement ?
Ma société étant récente, il est encore tôt pour parler de rentabilité. Le drone représente un investissement en matériel, en formation et en temps, avec des contraintes réglementaires supplémentaires.
En revanche, il devient pertinent lorsqu’il permet d’éviter des moyens d’accès lourds, de sécuriser les inspections et d’apporter une réelle valeur ajoutée aux clients. Le temps permettra d’en mesurer pleinement l’impact économique.
Le drone fait-il évoluer le métier de diagnostiqueur immobilier ?
J’en ai le pressentiment, mais avec prudence. Cette évolution ne peut se faire qu’à condition de préserver l’indépendance du diagnostiqueur.
Le drone peut enrichir le métier par des prestations complémentaires : photos, vidéos aériennes, observations thermiques, mais il ne doit exister aucun lien d’intérêt avec des entreprises de travaux ou immobilières. Le diagnostiqueur informe et constate, il ne prescrit pas.
Le drone ne remplace pas le diagnostic, mais il permet de mieux documenter l’état réel d’un bâtiment et de sécuriser une transaction immobilière, tant pour l’acheteur que pour le vendeur. Un acheteur s’endette en moyenne sur plus de vingt ans, lui apporter un maximum de sécurité dans un investissement qui représente souvent l’économie d’une vie est essentiel.
Propos recueillis le 23 février 2026




Mon drone m’a déjà dépanné une paire de fois sur des repérages DTA, quand le seul accès à la toiture est l’exutoire de fumées, intelligemment placé pile au-dessus des escaliers 😅.
le nombre de conduits de fumées et de ventilation que les repérages précédents n’avaient pas relevés … 😏
Certainement en faisant dans le pas vu pas pris cher Pierre Yves !
Obtenir une autorisation de vol prend 2 à 3 semaine et au préalable il faut passer des « permis » longs et couteux comme nos certifications ! Qui va se compliquer la vie avec ça ?