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Dérive réglementaire du DPE : pour un choc de simplification

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Éric Kranich, gérant de la société VDIAG, adresse une lettre ouverte au ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun. Le diagnostiqueur immobilier certifié, las de l’accumulation des mesures prises pour fiabiliser le diagnostic de performance énergétique (DPE), appelle à un choc de simplification plutôt qu’un flicage systématique.

Santeuil, le 4 avril 2026

À l’attention de Monsieur Vincent Jeanbrun, Ministre du Logement

Objet : Alerte sur la dérive réglementaire du DPE : pour un « choc de simplification » plutôt qu’un flicage systématique.

Monsieur,

Je vous écris en tant que diagnostiqueur immobilier depuis huit ans et, depuis peu, Auditeur Énergétique qualifié. J’ai obtenu cette certification de haute lutte, face à un système d’examen dont le taux d’échec avoisine les 85 %. Mon expertise s’appuie sur quarante ans de culture informatique ; je sais ce qu’un logiciel peut faire, et surtout, ce qu’il ne peut pas corriger : l’incohérence d’une méthode trop complexe et déconnectée du terrain.

Aujourd’hui, l’État s’apprête à nous imposer la géolocalisation. C’est une erreur d’approche majeure qui s’ajoute à un arsenal punitif de toute une profession au lieu de traiter les causes racines de l’hétérogénéité des notes.

1. Simplifier pour harmoniser : le mode « Standard » vs « Avancé »

La méthode 3CL est devenue un dédale technique où chaque détail (le « petit b » des ponts thermiques, les coefficients AUI/AUE) devient une source d’erreur ou de divergence entre deux confrères de bonne foi.

• Ma proposition : Créer un système à deux vitesses. Un mode « Standard » simplifié et automatisé pour le DPE courant (basé sur l’année de construction), garantissant des notes homogènes sur tout le territoire.

• Le bouton « Avancé » : Seul l’auditeur ou le technicien expert pourrait activer un mode manuel pour affiner des données spécifiques, avec une obligation de justification stricte.

2. La géolocalisation : un outil inutile et inadapté

Vouloir fliquer par satellite l’intégralité des techniciens est une aberration, particulièrement en milieu urbain.

• L’impuissance du GPS : Dans un immeuble, la géolocalisation est incapable de distinguer si je suis au 1er ou au 10ème étage. C’est un « bracelet électronique » qui ne garantit en rien la qualité du travail.

• L’analogie automobile : Plutôt que de mettre à l’amende celui qui fait un excès de vitesse, vous décidez de brider techniquement les moteurs de tous les Français à 130 km/h. Vous dégradez les conditions de travail des professionnels intègres au lieu de sanctionner les « chauffards ».

3. Durcir la réglementation : la facilité technique de falsification

Même si les lois et arrêtés deviennent de plus en plus restrictifs pour les diagnostiqueurs, ils seront dépassés dès leur publication. La raison est simple : n’importe qui peut désormais modifier un DPE en quelques minutes.

• Il suffit de demander à une intelligence artificielle de changer la classe énergétique, recalculer la consommation et même générer un QR code renvoyant vers une autre page. Trois essais, cinq minutes, et le faux est prêt. Le risque ne vient donc plus du diagnostiqueur, mais de la facilité technique de falsification.

• L’interdiction de louer a créé les conditions de la triche, notamment dans les zones très tendues. Lors d’une vente, un DPE est visible par tous : vendeur, acheteur, agence, notaire. Il existe déjà un auto-contrôle croisé naturel. Le vrai problème se situe ailleurs : la location. À Paris, par exemple, lorsqu’on achète à 15 000 € le mètre carré, qu’on ne peut plus louer, et que les Bâtiments de France interdisent toute isolation extérieure, les propriétaires se retrouvent sans solution. S’ils isolent pour pouvoir louer, ils passent sous les 9 m² et perdent l’habitabilité.

4. Responsabiliser le propriétaire : ne pas punir que « l’ouvrier »

Ciblons le profit là où il se trouve. Le véritable moteur de la fraude est le gain financier du propriétaire (maintien de la location, prix de vente).

Dealer vs Chef de gang : Aujourd’hui, on veut punir l’ouvrier ou le « dealer » (le diagnostiqueur) sans jamais inquiéter le donneur d’ordre. C’est une aberration : on arrête le petit revendeur mais on laisse le chef de gang encaisser les profits.

• L’amende « Travaux » et cascade juridique : Si une fraude est avérée, le propriétaire doit être sanctionné par une amende égale à deux fois le montant des travaux nécessaires pour atteindre la note usurpée. Si le propriétaire s’estime lésé, c’est aux tribunaux de gérer la cascade de responsabilités entre lui, l’agent et le diagnostiqueur. C’est au juge de trancher l’infraction, pas à un système de flicage de condamner a priori toute une profession.

• L’Invariant Fiscal : En l’imposant sur l’Observatoire ADEME, on met fin au « DPE Shopping ». L’historique d’un bien devient transparent, empêchant qu’un client ne fasse défiler trois confrères pour espérer que le dernier « oublie » une donnée. On sait s’il y a déjà un DPE et si la réalisation d’un nouveau diagnostic est justifiée (après des travaux, par exemple). Cela devient le complément indispensable du Carnet d’Information du Logement (CIL).

5. La note GES et l’impasse énergétique : l’aberration des préconisations

La fusion politique des notes (Énergie et Carbone) crée des passoires artificielles.

• La hiérarchie absurde des travaux : La réglementation nous impose de préconiser l’isolation avant les équipements. Or, pour une maison isolée mais classée « G » à cause d’un mode de chauffage polluant, nous sommes forcés de proposer des travaux superflus. Le changement d’équipement doit être la priorité absolue quand les GES dégradent l’ensemble de la note, pour ne pas bloquer les crédits des primo-accédants.

Souveraineté et Biofioul : Pourquoi ignorer le BioFioul ? Cette énergie 100 % française, issue de nos agriculteurs, nous libère des contraintes géopolitiques. En imposant le « tout électrique » pour le chauffage et l’automobile, on s’expose à un blackout hivernal par saturation du réseau. L’hybridation des chaudières et les biocarburants sont des solutions de bon sens.

Conclusion : Conventionnel vs Pathologie

Il faut cesser de vendre le DPE comme une vérité absolue sur le ressenti. Je pense à l’exemple de cette « grand-mère » vue dans les médias, qui se plaignait du froid sous sa porte alors que son DPE était théoriquement « bon ». Le DPE calcule une performance de paroi ; il ne gère pas la pathologie (une porte qui ferme mal).

Monsieur, simplifiez la méthode, utilisez l’invariant fiscal et frappez au portefeuille les véritables bénéficiaires de la fraude. Ce problème est très localisé, très précis, et ne concerne que quelques typologies de biens dans des secteurs extrêmement tendus. Le reste relève davantage du bruit médiatique que d’un phénomène massif.

Cela ne justifie pas l’ajout, tous les trimestres, de contraintes supplémentaires à notre profession, qui est aujourd’hui certainement l’une des plus réglementées.

Je reste à votre entière disposition pour échanger sur ces pistes de terrain.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

Eric Kranich
Gérant, VDIAG SASU

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8 Commentaires

Commenter
  1. T
    Thierry 7 avril 2026 - 13h33

    Bonjour Eric (et Cécile, et les autres 🙂
    Bien joué, en espérant qu’il réponde…
    Pour ma part j’ai tenté il y a un an d’alerter les députés de mon département, aucun n’a répondu. J’ai obtenu une réponse circonstanciée, d’u député d’un département lointain. Voici ces propos :
    • Suppression de l’opposabilité du DPE, dont les effets juridiques et financiers sont aujourd’hui totalement disproportionnés, tant pour les propriétaires que pour les professionnels du diagnostic de performance énergétique ;
    • Retour à un DPE purement informatif, comme il l’était à l’origine, destiné à éclairer locataires et acquéreurs, sans devenir un outil de sanction ou d’exclusion du marché ;
    • Réflexion autour d’une introduction des deux méthodes sur un même DPE (factures et modélisation).
    • Alignement du coefficient de conversion de l’électricité sur celui du gaz et des autres énergies, pour mettre fin à une inégalité technique qui pénalise injustement les logements chauffés à l’électricité ;

    C’est déjà un bon début, il y avait d’autres points plus techniques, également évoqué par Eric, comme la mauvaise étanchéité des fenêtres, ou bien la pénalisation des petites surfaces, qui pourtant consomment et émettent moins que les grandes.

    Répondre
  2. M
    Marc 7 avril 2026 - 15h06

    Il est certain que la responsabilisation des propriétaires par rapport à la fiabilité des diagnostics inciterait ces derniers à être un peu plus regardant sur la qualité du prestataire retenu sans qu’ils ne se focalisent sur le prix.
    Pour le reste, dommage que nos fédérations n’aient été associées ou ne soient à l’initiative de ce type de courrier.
    Cette lettre ouverte, à défaut d’être entendue, aura surtout le mérite d’illustrer l’absence de représentation forte de notre profession auprès des instances publiques.

    Répondre
  3. H
    HOUSSINE 7 avril 2026 - 15h21

    Bonjour Éric
    Une plaidoirie qui dit toute sa vérité, l’opposabilité du DPE pose un vrai problème, il m’est arrivé d’entendre des propriétaires mettre d’accord dans cette démarche pour récupère l’argent de l’assurance.
    Il ne savait pas que jetais encore sur les lieux, ceci pour la petite histoire.
    Cependant je me joins à ton action, qui mérite d’être mise ne lumières.
    Sour ton paragraphe « CONVENTIONNEL VS PATHOLOGIE »
    Il vrai que si le DPE approche de la vérité et que le logement est bien isolé, que le mode de chauffage est « TOP « sur papier parfois certaines pathologies révèlent, des défaillances qui amène d’autres disfonctionnement qui pose le doute sur la véracité technique du DPE.
    Pour conclure ce flicage ras le bol

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  4. E
    Eric 7 avril 2026 - 17h55

    Merci Cécile de Quotidiag pour la mise en lumière de cette tribune, et merci à tous pour vos commentaires positifs et bienveillants.
    Heureux que ce texte trouve un écho auprès de la communauté.

    Répondre
  5. F
    Florent 8 avril 2026 - 10h12

    Si vous n’aviez pas effacé mon commentaire, vous parleriez moins de bienveillance mais de réalité.

    Répondre
    • Cécile, le moteur de Quotidiag 8 avril 2026 - 10h32

      L’auteur de cette tribune n’a pas effacé votre commentaire.
      Il a été supprimé parce qu’il était anonyme (vous n’aviez pas mis de prénom).
      Un commentaire non signé et agressif est considéré comme un troll ou comme un spam.

      Répondre
  6. F
    Florent 8 avril 2026 - 10h15

    Excellent article qui souligne une dérive bureaucratique devenue insupportable pour les propriétaires. Il est impératif de revenir à la raison : le DPE doit être un outil d’accompagnement à la rénovation, comme c’est le cas chez nos voisins européens, et non un document opposable servant de base à des sanctions locatives.

    Voici pourquoi le système actuel est une impasse technique et juridique :

    L’absurdité de l’opposabilité : Comment peut-on rendre juridiquement contraignant un diagnostic dont les résultats varient d’un logiciel à l’autre ou d’un diagnostiqueur à l’autre pour un même bien ? Transformer une estimation technique — par définition imparfaite — en un document ouvrant droit à des litiges judiciaires est une aberration qui fragilise tout le marché immobilier.

    Un décalage flagrant avec la réalité : La méthode de calcul actuelle (3CL) reste trop théorique. Elle échoue souvent à valoriser la qualité intrinsèque des bâtis anciens ou l’efficacité réelle de certains équipements. Résultat : des biens parfaitement sains se retrouvent injustement déclassés en « passoires thermiques » sur la base de critères administratifs déconnectés de la consommation réelle des occupants.

    Un besoin de simplification, pas de coercition : En France, nous avons choisi la voie de l’interdiction (exclusion du marché locatif) plutôt que celle de l’incitation. Ce « choc de simplification » appelé de ses vœux par l’article est vital pour éviter une sortie massive de logements du marché de la location, alors même que la crise du logement s’aggrave.

    En résumé : Oui à la transition énergétique, mais avec des outils fiables et pédagogiques. Le DPE doit redevenir une boussole pour le propriétaire, et non un couperet qui sanctionne sans tenir compte de la réalité technique des biens.

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  7. D
    Denis 16 avril 2026 - 7h38

    Bonjour,

    Il y a effectivement un besoin urgent de revoir un certain nombre de choses.
    Par exemple, il me parait totalement absurde de devoir préconiser d’abord une isolation pour un bâtiment de 1995 avec chaudière fioul également de 95, qui de surcroit est HS.
    Il est impensable de ne pas préconiser en priorité la suppression de cette chaudière qui produit du C0², d’autant plus qu’il n’y a plus d’aide MPR pour l’isolation des murs, qui sont déjà, malgré tout, un peu isolés.
    D’un côté le gouvernement veut une décarbonation rapide et de l’autre côté il nous incite à préconiser des travaux qui ne sont pas cohérents sur le plan technico/économique.
    De même, pour le chauffage collectif, on constate des gros écarts entre les résultats de la méthode 3 CL et la réalité, alors qu’en général le propriétaire n’a pas la main, hormis éventuellement isoler ses murs par l’intérieur.
    Il y a effectivement beaucoup à dire.
    Le problème, c’est d’avoir quelqu’un qui entend avant même d’écouter!

    Répondre

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Article rédigé par auteurtribune,

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